Conseil Oecuménique des Eglises
COMITÉ CENTRAL
Genève, Suisse
26 août - 3 septembre 2002
I. Suite donnée aux décisions prises par les Comités exécutif et central depuis Potsdam: A. Problèmes généraux B. Préoccupations concernant certains pays et régions
II. Autres initiatives prises depuis la réunion du Comité central à Potsdam: A. Grandes orientations B. Régions et pays
Annexe I: Déclarations publiques et activités Annexe II: Cadres politique et lignes directrices sur les armes légères
I. Suite donnée aux décisions prises par les Comités exécutif et central depuis Potsdam
A. Problèmes généraux
Personnes déracinées. Le personnel de l'équipe «Relations internationales» a continué à se préoccuper des questions soulevées par la résolution du Comité exécutif sur les personnes déracinées (janvier 2001) dans le cadre de ses activités avec ses partenaires, notamment le Réseau œcuménique mondial en faveur des personnes déracinées (GEN). Les efforts auprès du HCR et des gouvernements se sont intensifiés au cours de la période examinée, en particulier dans le contexte des colloques mondiaux du HCR sur la protection des réfugiés. Le personnel et des membres du GEN ont participé à diverses réunions en rapport avec ces colloques et ont plaidé auprès des gouvernements en faveur d'une interprétation plus généreuse de la Convention de 1951 sur les réfugiés. En reconnaissance du rôle majeur joué dans la question des femmes réfugiées, le COE a été l'une des deux seules organisations extérieures invitées à participer au premier Colloque sur les réfugiées, organisé par le HCR en juin 2001. Le personnel a exprimé ses préoccupations dans deux numéros de la revue Uprooted People, dans des articles et dans des exposés publics présentés en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.
Désarmement nucléaire. Les activités se sont poursuivies pour donner suite à la Déclaration sur le désarmement nucléaire, la politique de l'OTAN et les Eglises, adoptée par le Comité exécutif en janvier 2001. Les efforts en vue de son application sans restriction ont été freinés à cause des préoccupations dans le domaine des armes légères et individuelles (cf. Autres initiatives ci-dessous), mais on espère qu'une délégation œcuménique pourra se rendre sur les sites non nucléaires de l'OTAN au début de l'automne 2002.
«La protection des populations menacées par la violence armée.» Le document d'étude recommandé aux Eglises par le Comité central a fait l'objet d'une large diffusion et a suscité des articles dans plusieurs revues œcuméniques et religieuses. Dans certaines Eglises membres, des comités spécialisés sont en train de discuter de ce document; leurs réactions, ainsi que celles d'autres partenaires œcuméniques, ont commencé à arriver et on espère qu'il y en aura d'autres. Toutes seront prises en considération en temps voulu par la CEAI et feront l'objet d'un rapport au Comité central.
B. Préoccupations concernant certains pays et régions
1. Afrique
Soudan. La déclaration du Comité central a été vivement appréciée par les Eglises du Soudan, et le Forum œcuménique de ce pays a beaucoup fait pour diffuser les préoccupations qui y sont exprimées. D'importantes campagnes internationales ont été entreprises pour attirer l'attention sur les bombardements de civils et les effets de la prospection et de l'exploitation pétrolières au Soudan du Sud. Le président de la CEAI et d'autres membres de la Commission ont fait de grands efforts pour faire avancer les négociations l'IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement), notamment en facilitant la visite en Afrique du Sud de l'envoyé spécial kényen aux négociations de l'IGAD, qui ont été l'occasion de rencontres avec des personnalités politiques et des institutions spécialisées. Le COE continue à apporter son appui à la promotion des efforts de paix menés au niveau interpersonnel par le Nouveau Conseil des Eglises du Soudan dans le Sud et le Conseil des Eglises du Soudan dans le Nord. Il a également suivi de près d'autres efforts en vue de la paix. Le secrétaire général a rencontré le négociateur du gouvernement suisse qui, avec ses homologues des Etats-Unis, a négocié un accord de cessez-le-feu dans la région des monts Nouba, au début de février 2002.
2. Asie
Indonésie. A Potsdam, le Comité central a exprimé une nouvelle fois son inquiétude à l'égard de la situation en Indonésie, où le COE s'efforce de soutenir les efforts des Eglises indonésiennes pour promouvoir la paix, l'harmonie et le respect des droits de l'homme entre les communautés, depuis la chute du président Suharto en mai 1998. La situation dans le pays continue à être confuse. La destitution du président Abdur Rahman Wahid, peu de temps après la réunion du Comité central, a suscité de nouveaux troubles et de graves préoccupations à l'égard de la stabilité future du pays. L'accession au pouvoir de la présidente Megawati Sukarnoputri n'a guère modifié la situation. L'économie continue à stagner, tandis que les réformes politiques et militaires lancées sous la présidence de Wahid sont en veilleuse. L'extrémisme islamiste se renforce, la corruption continue à sévir, le système judiciaire est incapable de répondre aux exigences d'une société moderne et progressiste et l'armée, bien que son rôle ait été limité, exerce toujours une influence sur la politique et fait obstacle à toute tentative de lui faire reconnaître ses responsabilités en matière de violation des droits de l'homme.
La violence et la haine entre communautés continuent à sévir dans la région des Moluques, où la population est répartie entre les zones chrétienne et musulmane. Des membres du personnel se sont rendus sur place et ont eu des entretiens approfondis avec les Eglises et leurs organisations au sujet de la situation à Aceh et en Papouasie occidentale. En décembre, le secrétaire général a écrit à la haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme pour attirer son attention sur l'aggravation des violences sectaires dans le centre de Sulawesi et ailleurs en Indonésie. Au cours de la dernière semaine de novembre 2001, 600 maisons et 6 églises ont été incendiées à Poso et 1500 chrétiens ont dû fuir la ville pour se mettre en sécurité. Le mois suivant, 21 villages chrétiens et 5 églises ont été détruits par des membres du Laskar Jihad de l'Est de Java.
On a appris avec satisfaction au début de février 2002 que le gouvernement avait négocié un accord de paix entre les responsables musulmans et chrétiens des Moluques. Cet accord devrait offrir l'occasion d'entreprendre les tâches de réconciliation et de reconstruction indispensables. Toutefois, pour assurer la paix, il est nécessaire
- que l'accord soit contrôlé de près par le gouvernement et des représentants des deux communautés;
- que l'on veille à désarmer les groupes militants, notamment les bandes de jeunes;
- que les gens de l'extérieur soient tenus à l'écart des Moluques;
- que le gouvernement assure l'impartialité des forces de sécurité;
- que les efforts de reconstruction soient entrepris immédiatement, avec l'aide du gouvernement central et que les initiatives de paix entre personnes et les activités interculturelles qui étaient accomplies sous les auspices des Nations Unies et des ONG soient encouragées et poursuivies.
Le personnel du COE continue à suivre de près la situation en Papouasie occidentale, où il a des contacts étroits avec les Eglises qui, dans leur ensemble, espèrent que leur région, comme celle du Timor oriental, bénéficiera du droit à l'autodétermination. Mais on a constaté, lors d'une récente visite du personnel, que le gouvernement indonésien n'a pas tiré le leçon des événements du Timor oriental. L'armée commet toujours plus d'actes de répression qui violent les droits civiques, politiques, socio-économiques et culturels des habitants. Un représentant des Eglises de la région participera à la réunion de la Commission des Nations Unies pour les droits de l'homme afin d’attirer son attention sur les exactions de l'armée et demander la visite d'un rapporteur extraordinaire.
3. Amérique latine
Colombie. En attirant l'attention sur les effets négatifs du «Plan Colombie», la note du Comité central sur la Colombie a apporté un appui nécessaire à tous ceux qui, dans les Eglises, s'opposent à l'application d'un tel plan d'opérations militaires par les Etats-Unis en collaboration avec le gouvernement colombien. D'autres mesures ont été prises pour relancer l'initiative œcuménique en faveur des efforts de paix, lorsque à fin 2001 le COE a organisé une visite de représentants colombiens des Eglises et de la société civile en Europe pour leur permettre d'exposer la situation à leurs partenaires et de leur demander de persévérer dans leur soutien et leur solidarité. Le «Plan Colombie» continue à exacerber la violence dans ce pays et ailleurs en Amérique latine, rendant encore plus aléatoires les efforts en faveur de la paix.
4. Moyen-Orient
Chypre. L'Eglise de Chypre s'est félicitée de la note du Comité central au sujet de Chypre. La position du Conseil a été exposée à la Commission des Nations Unies pour les droits de l'homme et une analyse de la situation et de son évolution la plus récente a été diffusée auprès des Eglises membres afin de soutenir et d'encourager les activités œcuméniques. Le COE a également organisé la présentation orale d'une prise de position de l'Eglise de Chypre lors de la réunion de 2002 de la Commission des Nations Unies pour les droits de l'homme, déclaration concernant la destruction du patrimoine culturel dans la partie septentrionale de l'île. Enfin, des réunions ont eu lieu avec des représentants de cette Eglise et des Comités grec et chypriote pour les personnes disparues, en vue de l'échange de vues et d'informations sur la manière de promouvoir des mesures de confiance et de réconciliation entre les deux parties.
Les efforts de médiation ont rencontré un nouvel obstacle lorsque, peu après la réunion du Comité central, les milieux chypriotes turcs ont refusé de participer aux négociations tant que la «République turque du Nord de Chypre» n'aurait pas un statut égal à celui de la République de Chypre. Malgré les efforts des Nations Unies, les négociations directes ont été gelées. Toutefois, le processus de paix a repris à fin 2001 lorsque M. Denktash, représentant le côté chypriote turc, a échangé des lettres avec le président Clerides. Il en résulté une rencontre entre ces deux responsables à Nicosie en décembre, au cours de laquelle ils ont décidé de reprendre les négociations directes sous les auspices des Nations Unies en janvier 2002, en vue de réaliser un accord général. La perspective de l'entrée de la République de Chypre dans l'Union européenne (UE) et la dégradation de la situation économique et politique dans la moitié septentrionale de l'île ont contribué à cette évolution favorable. Depuis, une quarantaine de réunions ont eu lieu et les parties ont formulé et enregistré leurs positions concernant la sécurité, le partage du pouvoir et les questions foncières. Malgré un délai officieux fixé à juin 2002 par l'UE pour l'élaboration d'un règlement, les négociations n'ont guère porté de fruits jusqu'à ce jour. De son côté, l'UE a réaffirmé que même si le processus n'avance pas, la République de Chypre sera formellement invitée à adhérer à l'Union à la fin de cette année.
Iraq. Après que, à la suite des attentats du 11 septembre, l'Iraq eut été inclus parmi les pays de l'«axe du mal», les risques d'une nouvelle attaque militaire contre ce pays ont suscité de nouvelles inquiétudes. On sait que les Etats-Unis ont revu leur politique à l'égard de l'Iraq, partant de l'idée que le problème doit maintenant être «résolu» et non plus simplement «géré», malgré les appels répétés de la communauté internationale en faveur de la levée des sanctions. Les scénarios envisagés vont de l'option diplomatique à l'application de nouvelles «sanctions ciblées» (limitées aux produits liés aux activités militaires, afin de ne pas nuire davantage à l'économie civile), sans renoncer à l'exigence du retour des inspecteurs en Iraq, en passant par la planification d'une campagne militaire de grande ampleur contre le régime iraquien.
Des membres du personnel ont participé à un colloque du CEMO intitulé «Pour défendre l'Iraq» tenu à Beyrouth en octobre dernier, et y ont présenté un document définissant les positions et les décisions du Conseil au sujet des sanctions. Des réunions ont également eu lieu avec le comte Sponeck, ancien assistant du coordinateur des Nations Unies pour l'Iraq, qui a condamné publiquement les sanctions à cause de leurs effets sur la population civile, et avec le rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme en Iraq, peu avant que celui-ci ne se rende en mission dans ce pays, à l'invitation du gouvernement iraquien.
Au retour d'une visite de 4 semaines, le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Iraq a déclaré qu'il était urgent que le Conseil de sécurité examine plusieurs aspects du programme «Du pétrole contre de la nourriture». Celui-ci doit non seulement être constamment ajusté pour répondre aux besoins de la population iraquienne, a-t-il affirmé, mais il faut également que le Comité des sanctions améliore ses propres procédures, pour corriger la paralysie actuelle des activités humanitaires dans le cadre de ce programme. Entre temps, Bagdad a offert de reprendre sans condition le dialogue avec le secrétaire général des Nations Unies, qui a manifesté son désir de donner suite à cette proposition.
Dans sa Résolution 1409, le Conseil de sécurité a approuvé une modification des sanctions en faveur d'«actes ciblés», résolution entrée en vigueur le 30 mai 2002. Les spécialistes estiment que ces mesures sont de pure forme et qu'elles n'ont pas amélioré de manière significative la situation de la population.
Conflit palestino-israélien. Des activités soutenues ont suivi l'adoption de la note du Comité central. Une délégation œcuménique s'est rendue en Palestine et en Israël à fin juin 2001 pour examiner les nouvelles possibilités d'intensifier l'engagement œcuménique dans la région. Ses recommandations ont été étudiées par le Colloque œcuménique international sur le conflit palestino-israélien, réuni à fin août à Genève par le secrétaire général du COE et présidé notamment par le président de celui-ci, et soumises au Comité exécutif de septembre 2001 pour décision.
Entre temps, le conflit s'est aggravé. Les attentats suicides palestiniens en Israël – qui étaient rares, isolés et relativement spontanés durent les 10 premiers mois du soulèvement actuel – se sont multipliés, faisant toujours plus de victimes. En réaction, Israël a intensifié ses représailles militaires, infligeant des punitions collectives, en violation des Conventions de Genève, et multipliant les assassinats de personnalités politiques palestiniennes. Les destructions de maisons, de récoltes et d'autres infrastructures palestiniennes sont toujours plus fréquentes, tout comme les pertes en vies humaines. Israël impose un blocus militaire très strict à la Cisjordanie et à la bande de Gaza. Des parties des territoires palestiniens autonomes gouvernés par l'Autorité nationale palestinienne (PNA) ont été réoccupées. Les villes à forte population chrétienne ont été particulièrement choisies pour cibles et pendant un certain temps, à fin août 2001, l'église et l'école luthériennes de Beit Jala ont été occupées par les forces armées israéliennes.
Le climat international s'est encore tendu. Le 18 juillet 2001, la Ligue arabe a tenu une réunion extraordinaire du Comité de suite et d'action du Sommet d'Amman, afin d'examiner la détérioration de la situation dans les territoires palestiniens et l'évolution de la politique israélienne. Le Conseil de sécurité des Nations Unies s'est réuni les 20 et 21 août à la demande de l'Organisation de la conférence islamique, pour se pencher sur l'application des recommandations du Comité d'examen de Charm-el-Cheik (Rapport Mitchell). Le 2 août 2001, l'UE condamnait la politique israélienne consistant à assassiner des militants palestiniens influents, affirmant qu'il s'agissait là de violations du droit international qui «ne peuvent que déboucher sur de nouvelles escalades». Elle demandait instamment à Israël et aux Palestiniens de faire preuve de «la plus grande retenue» et d'accepter des contrôles internationaux en vue d'un véritable cessez-le-feu. La Conférence mondiale des Nations Unies contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée, tenue à Durban (Afrique du Sud) juste avant la réunion d'automne du Comité exécutif, a attiré l'attention de la communauté internationale sur ce conflit et ses causes.
Vu la détérioration de la situation, le Comité exécutif a adopté une résolution qui approuve les recommandations de la délégation du COE en Israël et dans les territoires occupés, y compris Jérusalem (juin 2001), résolution reprise par le Colloque œcuménique international et portant sur les points suivants
- mise en place d'un Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël;
- dans le cadre de la Décennie «vaincre la violence», les Eglises membres du COE et leurs partenaires œcuméniques concentreront leurs efforts en 2002 sur la fin de l'occupation de la Palestine;
- possibilité d'organiser une conférence internationale sur l'occupation de la Palestine;
- boycottage des marchandises produites dans les colonies israéliennes illégales fondées dans les territoires occupés;
- participation des Eglises membres et des chrétiens à des actes non violents de résistance à la destruction des biens palestiniens et aux mesures prises pour chasser la population de ses maisons et de ses terres; participation à des veillées de prière pour renforcer la «chaîne de la solidarité» avec le peuple palestinien.
Après une période de calme relatif à la fin de l'année, le cycle dévastateur de la violence a repris, réduisant à néant les chances de la paix. Une série d'attentats suicides et d'attaques d'extrémistes palestiniens ont suscité des craintes toujours plus vives au sein de la population israélienne, et les forces armées ont occupé à nouveau des zones palestiniennes, tout en poursuivant leur politique de bombardements, d'assassinats ciblés, de démolitions et de barrages, notamment dans la bande de Gaza où des avions et des hélicoptères de combat ont causé de graves dégâts dans les zones civiles, faisant passer à plus de 1000 le nombre des victimes palestiniennes, dont quatre cinquièmes étaient des civils et un quart des enfants. Du côté israélien, le nombre des victimes dépasse 300.
Après avoir détruit une bonne partie des infrastructures et des institutions de l'autorité palestinienne, le gouvernement israélien a «emprisonné» le président Arafat dans ses bureaux de Ramallah, tout en ne faisant pas mystère de sa volonté de le remplacer, refusant de le considérer comme un partenaire susceptible d'instaurer la paix. La communauté internationale a multiplié ses appels à mettre fin à la violence, sans les accompagner d'initiatives en faveur de la paix, du fait que la situation internationale continue à être dominée par les effets du 11 septembre et de la «guerre au terrorisme». En décembre, les Etats-Unis ont mis leur veto à l'envoi de contrôleurs internationaux par le Conseil de sécurité, réduisant ainsi les Nations Unies à l'impuissance.
De modestes signes d'espoir viennent des initiatives de la base et des populations israélienne et palestinienne. Du côté israélien, on a pris conscience que l'on ne peut pas avoir à la fois la paix et imposer une occupation militaire et que les solutions militaires ne sont pas aptes à assurer la sécurité. Des démonstrations israéliennes contre l'occupation ont rassemblé beaucoup de monde, tandis qu'une déclaration commune signée par des Israéliens et des Palestiniens modérés et le refus public de quelque 200 réservistes de l'armée israélienne de participer «à la répression et à l'occupation d'une population tout entière» ont contribué à montrer que l'occupation constitue le principal obstacle à la sécurité, à la justice et à la paix. Du côté palestinien, les actions directes non violentes de résistance se multiplient. Citons par exemple une marche de la paix de Bethléem à Jérusalem, conduite par des responsables religieux, qui a eu lieu le dernier jour de l'année dernière et a attiré des foules considérables.
Le Programmes œcuménique d’accompagnement en Palestine et en Israël (EAPPI) a été mis en place officiellement en octobre et a débuté par une période d'évaluation de deux mois. Le premier groupe de travail international s'est réuni au début de février 2002 et a élaboré le modèle à suivre lors de la prochaine phase d'application. Le Groupe de direction du personnel du COE a approuvé la création du Fonds du COE pour faire face au conflit palestino-israélien. A la suite d'un appel du Comité exécutif, la cadre de la Campagne œcuménique pour mettre fin à l'occupation illégale de la Palestine : soutenons une paix juste au Moyen-Orient a été élaborée et lancée dans le cadre de la DVV. Un premier recueil de prières des Eglises de Jérusalem a été largement diffusé en décembre, suivi par du matériel de campagne et un plan d'action; on a également largement fait connaître l'EAPPI.
En octobre 2001, des membres du personnel ont rencontré des représentants du Conseil des Eglises du Moyen-Orient (CEMO) et d'autres partenaires œcuméniques à Chypre pour obtenir leur appui en faveur de la campagne de 2002 et de son programme d'accompagnement. Des rencontres du même genre ont eu lieu avec le Groupe de travail APRODEV sur le Moyen-Orient à Bruxelles et avec des membres du Forum pour le Moyen-Orient du Church World Service du NCCCUSA; on y a salué les efforts du COE et promis un soutien financier. D'autres Eglises et partenaires œcuméniques donateurs qui avaient participé au Groupe de travail réuni en février ont également manifesté leur volonté d'apporter leur soutien.
Les activités du COE auprès des Nations Unies à Genève se sont poursuivies. Des membres du personnel des Relations internationales ont parlé du programme du COE à Washington DC, à Boston et lors d'une réunion du Réseau euro-méditerranéen pour les droits de l'homme consacrée aux activités et programmes touchant la Palestine. Une délégation du COE comprenant du personnel et des représentants de l'Eglise presbytérienne des Etats-Unis et du Conseil général des ministères mondiaux de l'Eglise méthodiste unie ont assisté à la réunion des ONG parallèle à la Conférence des hautes parties contractantes de la 4ème Convention de Genève et y ont pris la parole. Des discussions ont eu lieu à Beyrouth avec les responsables des Eglises de Jérusalem et avec le CEMO qui, avec le COE, ont constitué un Comité tripartite en décembre 2001 pour examiner les questions pratiques concernant la campagne et les nouveaux programmes. Ce comité a décidé de restaurer le bureau œcuménique local du CEMO où sera installée la coordination sur place de l'EAPPI.
Le printemps de 2002 a marqué une nouvelle escalade de la violence en Israël et en Palestine, qui a repoussé l'espoirs d'une paix juste dans un avenir toujours plus lointain. Les attentats suicides et les attaques des extrémistes palestiniens ont porté à près de 500 le nombre des victimes israéliennes depuis le début de la deuxième Intifada. En avril s'est déroulée la plus vaste opération militaire israélienne depuis 20 ans, qui a débouché sur l'occupation de toutes les grandes villes de la Cisjordanie, accompagnée de destructions étendues et causant de nombreuses victimes civiles. Le nombre des victimes palestiniennes s'est élevé à plus de 1700. Cette nouvelle occupation s'est accompagnée d'un siège de 39 jours de l'église de la Nativité à Bethléem où s'étaient réfugiés des tireurs palestiniens, des civils et des religieux et du resserrement de l'encerclement du quartier général du président Arafat à Ramallah. D'après les estimations de la Banque mondiale, il faudrait plus d'un milliard de dollars EU pour réparer les dégâts infligés aux infrastructures palestiniennes et pour répondre aux besoins les plus urgents de la population.
La communauté internationale n'a pas manqué de manifester sa désapprobation en paroles mais n'a guère agi et n'a donc pas obtenu le retrait des troupes israéliennes ni la fin de la violence. Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté 4 résolutions sur le conflit en mars et en avril. L'une réaffirmait la volonté de créer 2 Etats existant côte à côte dans des frontières sûres et reconnues (Rés. 1397 [12/3]), tandis qu'une autre demandait aux deux parties de conclure immédiatement un cessez-le-feu et exigeait le retrait des troupes israéliennes des villes palestiniennes (Rés. 1402 [30/3]). Avec le soutien du Conseil de sécurité, le secrétaire général des Nations Unies a constitué une mission d'examen de la situation à Jenin, sous la conduite de l'ancien président finlandais Martti Ahitsaari, mais cette mission n'a pas pu se rendre sur place, à cause des réserves émises par Israël sur sa composition et son mandat et de la décision du Cabinet israélien de ne pas collaborer avec elle. Le secrétaire général a également poursuivi l'idée de soumettre au Conseil de sécurité le projet de créer une force multinationale pour le Moyen-Orient. Elle aurait pour objectif de contribuer à mettre fin à la violence en contrôlant le déploiement des forces armées israéliennes, et, conformément au plan Tenet, d'assurer des conditions permettant une aide humanitaire et une aide au développement pour recréer un climat de confiance favorisant la reprise des négociations.
A Genève, la 58ème Session de la Commission des Nations Unies pour les droits de l'homme a adopté 4 résolutions relatives à Israël et à la Palestine: sur le droit à l'existence d'un Etat palestinien souverain et indépendant; sur les colonies israéliennes dans les territoires occupés; sur les graves violations des droits de l'homme commises par Israël. La Commission a décidé d'envoyer Mary Robinson, haut-commissaire aux droits de l'homme, dans la région pour lui demander de faire rapport, mais cette mission n'a pas pu avoir lieu, à cause des objections israéliennes évoquant des raisons de sécurité et d'opportunité.
En avril, l'Union européenne (avec les Nations Unies, les Etats-Unis et la Russie) a publié une déclaration demandant la fin immédiate des opérations israéliennes et le retrait des territoires palestiniens occupés. Elle demandait aussi au président Arafat de faire tous les efforts possibles pour mettre fin aux attentats terroristes contre les Israéliens. En outre, les ministres des affaires étrangères de l'UE réunis à Luxembourg ce même mois ont apporté leur soutien à la mission du secrétaire d'Etat Colin Powell, mais n'ont pas appuyé l'appel du Parlement européen à suspendre l'accord d'association entre l'UE et Israël.
Dans une déclaration unanime publiée au Sommet de Beyrouth, la Ligue arabe a affirmé en mars que la paix doit être équitable et globale et fondée sur le principe «des terres contre la paix». Se ralliant à la proposition du prince héritier saoudien Abdallah, ses membres ont proposé le retrait d'Israël dans les frontières de juin 1967, la solution du problème des réfugiés palestinien et la création d'un Etat palestinien dans les territoires occupés depuis 1967, avec Jérusalem-est comme capitale, en contrepartie de quoi les Etats arabes considéreraient le conflit comme réglé, signeraient des accords de paix avec Israël et établiraient avec lui des relations normales.
Toujours en avril 2002, des membres du personnel de l’équipe « Relations internationales » ont accompagné le secrétaire général du COE lors d'une visite de solidarité aux Eglises de Jérusalem pour discuter avec elles de la situation et des initiatives œcuméniques. Cette visite a été l'occasion de rencontres avec les patriarches et les dirigeants des Eglises et communautés chrétiennes de Jérusalem ainsi que de la première rencontre officielle de délégués du COE avec le nouveau patriarche orthodoxe grec Irineos Ier. La délégation a également rencontré la présidente de la Commission supérieure de l'OLP pour les affaires religieuses, le Comité interecclésiastique de Jérusalem, des militants des droits de l'homme, des Palestiniens d'Israël, des collaborateurs des services médicaux et d'aide d'urgence, des représentants d'organisations locales et internationales liées aux Eglises et d'importants partenaires de l'EAPPI. On a évoqué dans des discussions les détails pratiques de la mise en place de l'EAPPI, dont les activités devraient débuter en été 2002. Pour cela, la délégation a rencontré des responsables et des membres du programmes chrétien de soutien – projet pilote de l'EAPPI impliquant des participants envoyés par Danchurchaid et Icelandic Church Aid – pour des évaluations.
Au moment où nous écrivons ces lignes, le cycle de la violence a repris: la terreur engendre la terreur et l'inaction le désespoir. Dans ce contexte il semble plus nécessaire que jamais de poursuivre les efforts du COE pour agir au niveau des causes profondes du conflit, appeler la communauté internationale à passer aux actes au lieu de se contenter de parler et à encourager les voix palestiniennes et israéliennes qui, sur place, plaident la cause de la paix et de la justice.
II. Autres initiatives prises depuis la réunion du Comité central à Potsdam
A. Grandes orientations
Microdésarmement. La Commission des Eglises pour les affaires internationales (CEAI) a adopté le Cadre politique et lignes directrices sur les armes légères figurant en annexe au présent rapport; ce texte définit les principes directeurs de ses activités dans ce domaine. Cette déclaration a été communiquée à tous les Etats membres de l'ONU avant la Conférence des Nations Unies sur le commerce des armes légères sous tous ses aspects, qui s'est tenue du 9 au 20 juillet 2001 à New York au niveau intergouvernemental. Des membres de la Commission et du personnel de la CEAI ont assisté aux deuxième et troisième sessions du Comité préparatoire de la Conférence; ils sont intervenus auprès des gouvernements, ont suivi les délibérations et participé à des réunions parallèles d'ONG. Membre du Réseau d'action international sur les armes légères (IANSA), le COE a joué un rôle crucial dans les activités des ONG. Des membres de sa délégation ont participé aux conférences de presse d'ouverture et de clôture, aux séances d'information des ONG et à un service de prière interreligieux. Le COE a soutenu la réalisation de la Fresque de la douleur, œuvre de 10 m de long créée à Rio de Janeiro pour commémorer les victimes de la violence, avec des témoignages personnels et une représentation de la compagnie de ballet « Peace to the City » sur la place Dag Hammerskjöld, intitulée « Guns Know No Borders ». Trois membres de la Commission servaient aussi de conseillers aux délégations de leurs gouvernements, ce qui a donné à l'équipe œcuménique la possibilité d'influencer le débat sur le plan d'action.
En juin, des membres du personnel ont assisté à la Conférence œcuménique européenne sur le commerce des armes, tenue parallèlement au Sommet de l'UE à Gøteborg (Suède) pour permettre de discuter des exportations européennes d'armes et notamment du Code de conduite de l'UE sur le commerce des armes. Un membre de la CEAI s'est adressé à la Conférence au nom du secrétaire général du COE sur le thème: «Les activités des Eglises en matière de commerce des armes; le point sur la question.»
« Après le 11 septembre »
Manifestations de sympathie et de solidarité. Les Eglises et leurs conseils du monde entier ont fait écho au bref message envoyé le 11 septembre aux Eglises des Etats-Unis par le secrétaire général au nom du Comité exécutif, dont la réunion a été interrompue par la nouvelle des tragiques attentats de Washington et de New York. Les manifestations de sympathie et de solidarité œcuméniques avec les Eglises et la population des Etats-Unis ont été innombrables.
Prendre position. Comme le secrétaire général l'a fait dans une lettre pastorale plus développée envoyée aux Eglises des Etats-Unis le 20 septembre, la plupart des Eglises et organisations œcuméniques ont vivement condamné les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone, tout en exprimant leurs craintes quant aux conséquences d'une riposte militaire éventuelle.
Le secrétaire général a souligné cette préoccupation croissante dans une lettre ouverte du 1er octobre au secrétaire général des Nations Unies:
- «Ce n'est pas le moment de conclure des coalitions d'Etats qui approuvent des actes de représailles ou d'agression ou sont prêts à y participer. C'est plutôt l'occasion d'inviter les pays et les populations à renouveler leur engagement en faveur des objectifs de la Charte des Nations Unies et à mettre en place au niveau mondial des instruments de justice. […] Il ne faut pas réagir à ces actes par un isolationnisme accru mais plutôt inviter tous les pays à se joindre aux efforts de la communauté internationale pour relever les défis communs et à assumer toutes leurs obligations, financières et autres, découlant de la Charte des Nations Unies. Il ne faut pas réagir à ces actes en recourant davantage au militarisme, en réaffirmant les doctrines de la sécurité nationale ni en proclamant des états d'urgence qui suspendent les garanties et la protection accordées aux droits fondamentaux de la personne humaine. La démocratie a été acquise à un prix trop élevé pour que les libertés soient de nouveau sacrifiées.»
Moins d'une semaine plus tard débutaient les bombardements et les lancers de missiles sur l'Afghanistan. Le 8 octobre, le COE y a réagi en appelant les Etats-Unis et le Royaume-Uni à «mettre fin aux opérations en cours» et en demandant aux autres pays de ne pas se joindre à eux. Cette déclaration publiée par le secrétaire général adjoint exprimait ses préoccupations quant aux conséquences qu'une riposte militaire «illimitée» aux attentats du 11 septembre pourrait avoir pour les minorités chrétiennes, notamment au Pakistan.
Cette déclaration a suscité les critiques de certains milieux des Etats-Unis mais a aussi valu au COE des remerciements pour son attachement aux principes de la Première Assemblée, qui avait déclaré que la guerre sous toutes ses formes est un péché contre Dieu et l'humanité. Nombreux furent ceux qui déclarèrent que la position du COE avait été pour eux un encouragement, un roc solide au milieu des sables mouvants d'un monde pris dans l'imagerie et la confusion de la nouvelle guerre au terrorisme menée par les Etats-Unis.
Une semaine plus tard, ACT (Action commune des Eglises) a publié une déclaration mettant en garde contre les conséquences des «frappes humanitaires» liées aux attaques militaires et attirant l'attention sur la situation désespérée qui est celle de la population afghane depuis plusieurs années, bien avant la riposte militaire.
Diffusion d'informations, d'analyses et de textes pour la prière et l'action. Au début d'octobre, le COE, avec la collaboration d'ACT et de l'Alliance œcuménique «agir ensemble» a formé un groupe de travail pour répondre aux demandes d'informations et de directives face à l'offensive médiatique des Etats-Unis qui tend à oblitérer tous les autres points de vue. Behind the News: Voices of faith, Visions of Hope a été lancé le 4 octobre pour fournir d'autres informations sur la crise en cours à la suite des attentats du 11 septembre et des ripostes militaires. Les déclarations et les décisions de l'Eglise dans le monde et de la famille œcuménique, les réactions d'autres communautés religieuses et d'organisations de la société civile, des informations de base sur les préoccupations humanitaires, des résumés des prises de position de divers gouvernements, du matériel d'étude et de culte et des appels à une action concertée ont été rassemblés et mis à disposition grâce au courrier électronique. On peut en prendre connaissance sur le site web http://www.wcc-coe.org/wcc/behindthenews.
A la fin de l'année, ce service a été évalué sur la base des commentaires sollicités auprès de ses utilisateurs. En général, les réactions ont été très positives. De nombreuses Eglises et personnes ont exprimé leur satisfaction de pouvoir disposer d'autres points de vue sur la crise et de connaître les réactions des Eglises du monde entier. Des responsables d'Eglises et d'organisation ont déclaré que ce partage d'informations les avait beaucoup aidés à formuler leurs propres réponses. Nombreux sont ceux qui ont diffusé ce bulletin par courrier électronique ou sur leur site web. On a décidé de poursuivre ce service pendant trois mois à raison d'un bulletin par mois, en mettant davantage l'accent sur la réflexion à partir de la foi et sur les informations concernant les conséquences des attentats du 11 septembre.
Préoccupations pastorales et solidarité œcuménique. Le Conseil a continué à exprimer ses préoccupations pastorales à l'égard des Eglises américaines et autres touchées par ces événements. Le Rapport sur les relations avec les milieux de l'Eglise rend compte de la mission de la délégation de sept responsables d'Eglises, dont plusieurs membres du Comité central, envoyés en guise de «lettre vivante» aux Etats-Unis, du 8 au 14 novembre, pour «exprimer la solidarité et la compassion de toute la communauté œcuménique mondiale». Des Eglises d'autres parties du monde également touchées par ces événements, souvent de manière violente, ont aussi exprimé leurs préoccupations pastorales.
Réflexion et analyse. Un colloque a été organisé d'urgence du 28 novembre au 1er décembre sur le thème Au delà du 11 septembre: regard sur les conséquences mondiales. Une vingtaine de représentants d'Eglises chargés des affaires internationales, des experts des Nations Unies et d'autres institutions internationales ont été invités à analyser de manière approfondie, avec des membres du personnel du COE, les conséquences à long terme des attentats du 11 septembre et de la riposte militaire. Cette réunion n'avait pas pour objectif de formuler une déclaration commune ni d'élaborer un plan d'action immédiat pour les Eglises, mais plutôt de susciter un processus d'analyse de ces événements au sein des Eglises. On a donc examiné leurs conséquences dans les domaines suivants:
- Religions : en particulier les relations entre chrétiens et musulmans, les religions minoritaires, les nouveaux fondamentalismes et le mauvais usage des religions dans des situations de conflits;
- Sécurité et gouvernance mondiale : les Nations Unies, le désarmement, le droit international et l'évolution des conceptions de la sécurité;
- Economie et mondialisation : augmentation des dépenses militaires, modification des stratégies et des modes d'opération des grandes sociétés et des institutions financières internationales;
- Droits de l'homme et droits humanitaires : relations entre les opérations militaires et les actions humanitaires, mouvements des personnes déplacées et entraves à leur liberté, augmentation du racisme et de la xénophobie.
Les conclusions de cette réunion ont inspiré la poursuite des activités des participants, des Eglises et du personnel du COE dans ce domaine. Le rapport a été largement diffusé.
Evaluation des tendances actuelles. Les tendances analysées lors du Colloque «Au delà du 11 septembre» se sont amplifiées et se font sentir dans le monde entier. Voici l'analyse qui en a été faite à l'intention du Comité exécutif de février 2002 :
L'affirmation par les Etats-Unis de leur hégémonie militaire, économique et politique leur fait dominer le monde d'une manière rarement vue au cours de l'histoire moderne. Cette situation suscite des inquiétudes croissantes dans le monde entier. Dans un éditorial consacré au discours du président Bush sur l'état de l'Union en 2002, l'important quotidien suisse de langue française Le Temps exprime une opinion largement partagée en Europe :
- «Au Pentagone, les chefs d'état-major travaillent sur de gigantesques cartes du monde aux frontières inédites: ils délimitent à leur gré les pays et les continents, les zones soumises à l'influence américaine qui recouvrent le monde entier et dont les postes de commandement se trouvent aux Etats-Unis. Le "Central Command" est situé à Tampa (Floride) et ses opérations militaires couvrent un vaste périmètre, qui est loin de se limiter à l'Afghanistan mais englobe la plus grande partie de l'Asie centrale, le Moyen-Orient et l'Afrique centrale et orientale. La division du monde en fonction des exigences de la sécurité américaine illustre bien le discours sur l'état de l'Union prononcé hier soir à Washington par George Bush devant les deux Chambres du Congrès. Le 11 septembre et ses séquelles ont permis de mettre en place l'un après l'autre tous les éléments qui constituent la vision stratégique de l'aile conservatrice pragmatique du parti républicain. Comme Bush l'a répété à Hamid Karzai, les troupes américaines ne se préoccuperont pas de maintenir la paix en Afghanistan. Leur rôle ne consiste pas, pour reprendre la formule de Condoleezza Rice, à "accompagner les enfants à l'école". Cette fonction peut être laissée aux Européens, dont les capacités offensives sont limitées. Dans cette conception, la fonction de l'armée américaine, comme des théoriciens proches du Pentagone n'hésitent pas à l'affirmer, c'est de faire la guerre et de la gagner.
Jamais cette politique n'a été exposée aussi crûment que mardi soir. Les Etats-Unis, attaqués pour la première fois sur leur territoire, peuvent maintenant définir leurs ennemis. En les rassemblant sous le nom d'axe du mal, on autorise une référence flatteuse à la "juste guerre" menée contre le totalitarisme nazi. Pourtant le climat politique présente bien des points communs avec celui de l'Europe des années 1930. Malgré sa grande diversité, le pays présente une cohésion nationale considérable, dont les supports visibles sont les forces en uniforme. George Bush entretient cette flamme nationaliste par des appels à la solidarité sociale et au bénévolat, tout en continuant à annoncer d'autres actions militaires, prévues dans un avenir plus ou moins proche. Cette détermination froide, compréhensible jusqu'à un certain point, ne peut qu'inquiéter l'Europe. Il serait bon de demeurer bien informés de ce que le pouvoir américain a en tête.»1 Le Temps, Genève, 30 janvier 2002. C'est nous qui soulignons. 1
Le président Bush n'a pas fait mystère de ses intentions. Dans son discours, il a réaffirmé que «notre priorité doit toujours être la sécurité de notre pays. […] Nous gagnerons […] notre guerre contre le terrorisme. […] Nous ne pouvons pas nous arrêter en chemin. Si nous nous arrêtons maintenant – en laissant les camps des terroristes intacts et les Etats terroristes libres de leurs actes – tout sentiment de sécurité ne pourrait être que trompeur et temporaire. L'Histoire appelle l'Amérique et ses alliés à agir, et c'est à la fois notre responsabilité et notre privilège que de lutter pour la liberté. […] J'espère que tous les pays entendront notre appel et élimineront la vermine terroriste qui les menace comme elle nous menace. […] Mais certains gouvernements seront pusillanimes face à la terreur. Qu'ils ne se trompent pas: s'ils n'agissent pas, l'Amérique le fera.»
Cette manière d'affirmer la «destinée manifeste de l'Amérique, voulue par Dieu» n'a rien de nouveau, mais jamais encore elle n'a compté de manière si flagrante sur les capacités de sa puissance de combat.
L'expansionnisme militaire américain. Selon le Département américain de la Défense, «les forces militaires des Etats-Unis sont actuellement déployées dans plus de pays qu'elles ne l'ont jamais été au cours de l'histoire. Les opérations militaires des forces américaines vont de la guerre au maintien de la paix et aux activités humanitaires.»2 Site web du Département de la défense. 2 C'est là une affirmation indéniable. Un Commandement des opérations spéciales (USSOCOM) a été créé en 1987. Il a envoyé des forces d'opérations spéciales (SOF) «dans 144 pays en 1997, soit en moyenne 4760 membres du personnel des SOF par semaine, ce qui signifie que ses missions ont triplé depuis 1991.»3 Général Peter J. Schoomaker, commandant de l'USSOCOM, «Special Operations Forces: The Way Ahead», in Defense Issues, vol. 13, N° 10, Département de la défense, 1998.
- «Alors que l'avenir est lourd d'incertitudes, les menaces sur les intérêts américains prennent des dimensions nouvelles. Nous sommes toujours plus souvent confrontés à l'instabilité régionale, aux dangers transnationaux, aux menaces unilatérales et à la probabilité d'événements imprévisibles.[…]
Les SOF comptent 46'000 personnes, en activité et en réserve, organisées en divers troupes terrestres, navales et aériennes. […]
Notre stratégie militaire nationale exige que nos forces armées améliorent notre sécurité nationale en recourant à la puissance militaire pour modifier l'environnement international et réagir aux crises de toute sorte, tout en se préparant à affronter un avenir incertain. […] Par exemple, des forces spéciales (SF) prêtes au combat sont régulièrement déployées dans le monde pour soutenir nos engagements en temps de paix, prévenir les conflits et assurer notre approvisionnement. […] En cas de conflit, les SOF remplissent des missions stratégiques et attaquent des objectifs prioritaires et importants dans toute la zone en conflit, pour aider les troupes à parvenir rapidement à la maîtrise du terrain, de la mer et de l'espace. Les SOF sont également chargées de missions de renseignement. […]
L'âge de l'informatique a aussi ouvert toute une gamme de possibilités, apparemment illimitées, qui rendent vulnérables les SOF. C'est pourquoi nous examinons de nouvelles manières d'augmenter nos capacités pour assurer des échanges de renseignements permanents et empêcher l'adversaire d'utiliser des renseignements capables de modifier les conditions de nos missions. Ces capacités vont de la défense passive aux opérations psychologiques, en passant par les frappes ciblées contre les centres informatiques.
Les possibilités révolutionnaires offertes par les technologies informatiques nous obligent à abandonner nos théories traditionnelles. […] Par exemple, à l'avenir les opérations psychologiques comporteront une dimension "CNN Central". […] Nous devons également maîtriser "l'art" des opérations de renseignement – les techniques de "manipulation de la réalité" utilisées quotidiennement par les géants du marketing et de la publicité, à Hollywood et sur Madison Avenue.» 3 Cette tendance s'est poursuivie au cours des 4 dernières années et s'est accélérée depuis le 11 septembre.
Enhardi par ses «victoires» sur «le mal» en Iraq, en ex-Yougoslavie, au Kosovo et en Afghanistan, obtenues par l'utilisation massive de sa capacité de destruction militaire sans égale, le gouvernement actuel impose au monde l'idée qu'il n'y a pas de problème pour lequel il n'existe pas de solution militaire américaine ou inspirée par l'Amérique. L'ultimatum du président Bush à tous les pays de «choisir le bon camp ou d'assumer les conséquences de ce choix» ne peut que faire frémir.
Conséquences pour les Eglises et communautés religieuses. Les craintes exprimées par le COE peu après le 11 septembre au sujet des conséquences possibles d'une riposte militaire massive pour les communautés chrétiennes minoritaires n'ont malheureusement pas été vaines. Quelques jours après le début de la guerre contre les talibans en Afghanistan, des églises chrétiennes ont été attaquées au Pakistan, au Bangladesh, en Malaisie, en Indonésie et au Nigéria. M. Clement John, membre du personnel des Relations internationales, s'est récemment rendu au Pakistan pour y rencontrer des responsables d'Eglises et d'autres personnes, en vue d'évaluer les conséquences à long terme de ces actes. Son rapport, qui a été présenté au Comité, souligne les préoccupations des Eglises de ce pays. Au Pakistan, comme dans d'autres pays à majorité musulmane, de profonds fossés sont en train d'être creusés entre les diverses tendances religieuses musulmanes. Sous la pression des Etats-Unis, des milliers de personnes qualifiées d'«extrémistes musulmans» sont arrêtées, interrogées et détenues sans avoir été formellement accusées. Tout cela ne peut qu'aggraver les tensions religieuses. Lorsque l'explosion se produira, ce qui est probable, les chrétiens seront certainement les premiers à en pâtir.
Conséquences pour les efforts de médiation œcuméniques. Il est significatif que parmi les pays inclus dans «l'axe du mal» il y en ait quelques-uns où le mouvement œcuménique mondial s'est engagé pour édifier des relations de confiance et encourager la résolution pacifique des conflits et où, dans certains cas, on constate des résultats prometteurs.
En Iran, le COE a répondu favorablement aux invitations de responsables musulmans à engager des dialogues susceptibles d'aider les modérés à ouvrir des portes qui pourraient faire sortir le pays de l'isolement qu'il s'est imposé. Les dialogues qui se sont déroulés ont contribué à faire baisser les pressions sur les communautés chrétiennes minoritaires ayant des liens étroits avec le COE et leur ont permis de renouer leurs relations avec des Eglises étrangères – y compris aux Etats-Unis – qui étaient strictement interdites auparavant. Ces efforts prometteurs risquent d'être anéantis si les Etats-Unis décident de «cibler» de nouveau l'Iran en tant que soutien du terrorisme international.
L'Iraq, dont la population civile souffre terriblement des sanctions imposées et maintenues à la suite des pressions américaines, demeure l'un des pays de «l'axe du mal» défini par le président Bush. Si les Etats-Unis décident d'entreprendre de nouvelles opérations militaires, ce sera certainement sans la collaboration de nombreux pays naguère membres de la coalition qui a mené la Guerre du Golfe, car beaucoup d'entre eux se sont prononcés aux Nations Unies en faveur d'un allégement des sanctions. Des décennies d'efforts du CEMO, avec le soutien des Eglises du monde entier, pour améliorer le sort de la population seraient ainsi réduits à néant.
La Corée du Nord a été tirée de son isolement en grande partie à la suite des efforts patients et déterminés du COE pour soutenir les Eglises coréennes depuis une vingtaine d'années. Finalement, les portes se sont entrouvertes et des négociations prometteuses ont été engagées entre le Nord et le Sud en vue de la réunification. Des opérations militaires, ou leur simple menace, auraient des conséquences désastreuses pour toute la région de l'Asie du Nord-Est.
Les Philippines, où les Eglises ont été au centre des efforts pour supprimer les bases militaires et l'influence américaines pendant la dictature de Marcos, accueillent maintenant des détachements américains spéciaux au titre de «conseillers» et d'«instructeurs» qui opèrent aux côtés des troupes philippines pour lutter contre les musulmans du sud. Pendant des années. Le NCCP a joué un grand rôle dans les efforts de médiation de ce conflit pour essayer de parvenir à une solution pacifique. Ces derniers temps, des Eglises locales ont été particulièrement actives dans ce domaine, soutenues par des membres du personnel du COE revenus dans le pays. Ce nouvel engagement militaire, qui rappelle les débuts de la Guerre de l'Indochine dans les années 1960, menace les tentatives de négocier des accords de paix et met en danger la restauration récente de la souveraineté nationale, à laquelle les Eglises du pays et d'ailleurs ont contribué dans une large mesure.
Retour à la militarisation et aux doctrines de la sécurité nationale. Le recours aux solutions militaires, toujours plus fréquemment imposé tant au niveau national qu'international, et la mise en place de mesures de sécurité strictes dans un grand nombre de pays font craindre un retour aux pratiques en vigueur dans les années 1970 et 1980. Si les militaires ne reprendront probablement pas le pouvoir dans les Etats qui ont réussi à se débarrasser des dictatures, il se pourrait bien que les tendances actuelles débouchent sur la mise en place et l'application de normes militaires et de nouvelles lois fondées sur les anciennes notions de sécurité nationale.
Certains estiment que l'on voit se dessiner une forme de «néo-militarisme» qui va déboucher sur une nouvelle idéologie de la sécurité fondée sur les intérêts géopolitiques et économiques des Etats-Unis. Cette idéologie est déjà appliquée au niveau national et local, comme le montrent la guerre en Afghanistan et l'envoi de troupes américaines aux Philippines, voire peut-être au Yémen. Dans cette doctrine, l'ennemi n'est pas clairement défini, mais demeure une entité invisible et omniprésente, ce qui justifie la portée illimitée que les Etats-Unis entendent donner à leurs opérations militaires et à la guerre économique.
L'unilatéralisme américain et le détournement du droit international. A son arrivée au pouvoir, le gouvernement Bush a manifesté sa conception unilatérale des relations internationales en rejetant le Protocole de Kyoto, en abrogeant le Traité ABM et en déclarant qu'il ne se sentait pas tenu par les obligations internationales assumées par les gouvernements précédents. Après le 11 septembre, le multilatéralisme a brièvement pris le dessus lorsque les Etats-Unis ont essayé de constituer une large coalition militaire contre le terrorisme et de faire admettre, par l'entremise du Conseil de sécurité des Nations Unies et de l'OTAN, leur droit à riposter de manière illimitée. Mais ces concessions n'ont plus cours et les Etats-Unis ont l'intention de faire cavalier seul, à n'importe quel prix, pour parvenir à leurs objectifs, qu'ils se gardent bien de définir ou de préciser. Il n'est pas encore possible pour le moment de déterminer les conséquences de cette attitude pour la paix et la sécurité internationales.
Stagnation des relations internationales. Depuis le 11 septembre, pratiquement toutes les initiatives en matière de relations internationales sont mises en veilleuses et quasiment stoppées. Aucune réunion des Nations Unies ni d'autre instance internationale ne peut échapper à la crainte, réelle ou imaginaire, de voir les Etats-Unis imposer leurs conceptions unilatérales. Preuve en soit l'initiative prise par l'Union européenne dans le cadre du conflit palestino-israélien. Dans les semaines précédant le 11 septembre, des représentants de haut niveau de l'UE et de ses Etats membres ont rendu visite aux responsables israéliens et palestiniens, dans l'espoir d'encourager une diminution de la violence et la reprise des négociations. Ces efforts se sont terminés avec le 11 septembre et n'ont pas repris. Entre-temps, les négociateurs américains ont pratiquement cessé leurs tentatives, tandis que le gouvernement Bush a adopté les idées et le ton du Premier ministre Ariel Sharon. Il en est résulté une escalade constante de la violence des deux côtés. Sur d'autres fronts également, tous les efforts auxquels les Etats-Unis ne participent pas directement ont pratiquement pris fin partout dans le monde. Les Nations Unies, si elles ne sont pas entièrement paralysées, se trouvent réduites à gérer les affaires courantes.
L'économie mondiale. Le gouvernement américain a fait adopter la plus forte augmentation du budget militaire jamais votée, au prix de coupes claires dans les programmes sociaux. Cette mesure, ainsi que les dons d'urgence de plusieurs milliards votés à la suite du 11 septembre, devraient, semble-t-il, remettre suffisamment d'argent en circulation dans l'économie nationale pour stimuler la consommation et créer assez de nouveaux emplois pour mettre fin à la récession. Certains économistes, de même que les réactions de Wall Street, mettent en doute ces affirmations. La mondialisation de l'économie a modifié les données à tel point qu'il n'est pas certain que les remèdes traditionnels auront les effets escomptés. Si tel est le cas, l'endettement démesuré des Etats-Unis pourrait bien entraîner le marasme de toute l'économie mondiale. Des milieux aussi influents que le G-7 n'ont pas encore réagi et des institutions comme le FMI, la Banque mondiale ou l'OMC, totalement soumis à l'influence américaine, sont mal placés pour envoyer des signaux d'alarme.
Les idéologies font place aux images. Les spécialistes des médias ont maintenant commencé à estimer l'impact du 11 septembre sur la maîtrise des informations. Le contenu fait toujours plus souvent place aux images et à leur manipulation. Les Etats-Unis pourraient bien avoir été les premières victimes inconscientes de cette tendance. Pendant des mois, la plupart des médias destinés aux milieux en dehors des marchés médiatiques des grands centres ont hésité à diffuser des messages «non conformes» à ceux définis par les décideurs de Washington. La portée mondiale de cette situation n'a pas encore été déterminée, mais elle mérite qu'on s'y arrête.
Le 11 septembre et le mouvement œcuménique. Bien d'autres questions devraient faire l'objet d'une analyse approfondie. Il faudrait parler des effets sur les personnes déracinées, qui trouvent toujours plus souvent porte close dans le climat toujours plus isolationniste et protectionniste qui prédomine. Les violations flagrantes des droits de l'homme en droit national et international, sous prétexte de la «guerre au terrorisme» doivent retenir l'attention de toute urgence. Le « profiling » des musulmans et des personnes d'origine ou d'apparence arabe a entraîné aux Etats-Unis l'arrestation et la détention sans accusation de milliers de gens. Des milliers d'autres ont été fichés par les services de police et de sécurité en Europe et ailleurs. La liste pourrait se poursuivre et recouvre assez précisément les grandes préoccupations qui sont celles du COE depuis sa fondation.
Tout cela soulève, et de manière toujours plus pressante, la question de savoir comment «notre conception et notre vision communes » en tant qu’Eglises du mouvement œcuménique nous préparent à témoigner de l'Evangile dans ces circonstances. Dans d'autres périodes critiques de l'histoire, comme celle qui a débouché sur la Deuxième Guerre mondiale ou celle de la Guerre froide, ou encore lors de crises graves dans des régions ou des pays particuliers, les Eglises du mouvement œcuménique ont souvent été les premières à maintenir leurs liens par-delà les divisions, dans un effort de rendre un témoignage commun de paix et de justice. A cet égard, ce que nous avons vécu depuis le 11 septembre est plutôt alarmant. Pour ne prendre qu'un exemple: pendant les quatre semaines écoulées entre les attentats de New York et Washington et le début des bombardements sur l'Afghanistan, alors que Washington et Londres préparaient la riposte armée mondiale, il n'y a eu pratiquement aucun dialogue digne de ce nom entre les Eglises des Etats-Unis et celles du Royaume-Uni, et ce à une époque où la mondialisation des communications a rendu de tels contacts plus faciles qu'ils ne l'ont jamais été.
Bien des Eglises des pays influents demeurent silencieuses face aux changements radicaux intervenus dans leurs pays, notamment en matière de recours aux ripostes militaires et d'intensification des mesures de sécurité qui touchent la «sphère privée» des démocraties dans une mesure presque sans précédent.
En tant qu'Eglises, nous avons beaucoup de sujets de réflexion quant aux conséquences de cette période et nous devons nous poser de graves questions pour savoir si notre unité fondamentale sera assez forte pour nous garder unies face aux tendances à la division qui se manifestent toujours plus dans le monde.
Autres mesures. Le Comité exécutif a discuté de ces problèmes de manière approfondie et a demandé au personnel d'organiser aux Etats-Unis une nouvelle réunion sur les conséquences du 11 septembre avec des Eglises membres de ce pays et des représentants d'Eglises venues de pays qui ont ressenti les effets du 11 septembre. Un colloque intitulé «Au-delà du 11 septembre: les conséquences pour les Eglises des Etats-Unis et du monde» est prévu pour les 5 et 6 août à Washington D.C. Un rapport sera transmis au Comité central.
Cette rencontre est parrainée par le Conseil œcuménique des Eglises (COE), en accord avec le Conseil national des Eglises du Christ des Etats-Unis (NCCCUSA) et son Church World Service. Voici ce qu'on peut lire dans la lettre d'invitation:
- «Il semble qu'il y ait un profond fossé entre l'opinion publique des Etats-Unis et le reste du monde au sujet de la ‘guerre au terrorisme’ menée par les Etats-Unis. En outre, le peu d'intérêt manifesté par les médias au sujet de l'attitude des Eglises américaines donne à la communauté internationale l'impression ‘d'une certaine réticence des Eglises des Etats-Unis à exprimer leur opinion au sujet de la politique et des décisions du gouvernement’. Il en résulte une rupture de la communication œcuménique au sujet de la réponse à donner aux crises internationales en train de s'aggraver.
L'objectif de cette réunion n'est pas de formuler des recommandations précises, même si elles seraient souhaitables, mais plutôt d'approfondir l'analyse de ce que ces événements impliquent pour les Etats-Unis et le monde. Des Eglises ont exprimé leur vif désir d'en savoir davantage sur les opinions, les analyses et les décisions des Eglises américaines, c'est pourquoi le rapport de cette réunion sera transmis au Comité central du COE lors de sa session d'août. Les résultats de cette réunion seront également communiqués à l'Assemblée du Conseil national des Eglises du Christ aux Etats-Unis, en novembre 2002, et alimenteront les discussions du Church World Service sur ce même sujet.»
B. Régions et pays
1. Afrique
Par l'entremise du Groupe de surveillance de la paix en Afrique (APMG), on s'est beaucoup préoccupé de divers conflits qui sévissent sur ce continent.
Angola. Il est prévu d'envoyer une délégation œcuménique aux Eglises pour soutenir leurs efforts en faveur de la paix et de la médiation.
République démocratique du Congo. Le COE a des contacts directs avec les Eglises de ce pays qui s'efforcent de promouvoir la paix et d'exercer un ministère social. Une nouvelle série de négociations de paix devrait avoir lieu prochainement en Afrique du Sud, et les Eglises liées au COE y participeront. Un attention particulière a été accordée à la partie orientale du pays, où il est prévu d'envoyer une délégation œcuménique aux Eglises de cette région déchirée par les conflits. L'éruption volcanique a retardé cette visite, mais l'ACT a fait de grands efforts pour organiser l'aide d'urgence aux populations touchées. Comme c'est si souvent le cas, cette catastrophe naturelle a révélé une fois encore la gravité des problèmes sociaux, politiques et économiques de la région; on a repris les discussions avec les Eglises locales en vue d'organiser cette visite le plus rapidement possible.
Congo-Brazzaville. Des contacts sont maintenus avec les Eglises à la suite de la formation œcuménique offerte aux responsables par le COE, avec la collaboration d'un centre de paix et de réconciliation du Cameroun.
Madagascar. La période troublée et les violences généralisées qui ont suivi le premier tour des élections présidentielle ont suscité de graves préoccupations. Malgré les efforts de médiateurs internationaux, on n'a pas pu résoudre le conflit entre les prétendants au pouvoir et la situation a empiré à la suite des démonstrations de force de l'armée, demeurée neutre jusque-là. Le COE est resté en contacts réguliers avec les Eglises du pays et soutient leurs efforts de médiation entre les deux candidats à la présidence.
Initiative interreligieuse pour la paix en Afrique occidentale. Face à l'aggravation de la situation en Afrique occidentale, qui touche plus particulièrement la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, le COE, avec la collaboration de l’Association des conseils chrétiens et des Eglises d’Afrique de l’Ouest (FECCIWA) et d'entente avec la CETA, a réuni en avril un colloque rassemblant les conseils interreligieux de la région, pour déterminer ce qu'ils pourraient faire pour renforcer leurs tentatives de médiation. Ce colloque, qui s'appuyait sur les activités de l'Equipe «relations et dialogue interreligieux», a marqué un tournant décisif. C'était la première fois qu'une réunion internationale de ce genre avait lieu en Afrique. Une trentaine de responsables chrétiens et musulmans se sont réunis à Freetown, accompagnés par une quinzaine d'observateurs chrétiens et musulmans de la Sierra Leone. On a regretté l'absence de délégués de la Côte d’Ivoire, mais ils ont été tenus au courant des travaux. Les participants
- ont pu échanger des informations et leurs expériences sur la situation sociale et politique de leurs pays et sur les décisions prises aux niveaux national et régional ;
- ont examiné ensemble la situation des régions frontalières et ses conséquences pour la paix et la réconciliation ;
- ont renforcé les groupes interreligieux existants et encouragé la formation de nouveaux groupes là où il n'y en a pas encore ;
- ont défini des plans d'action nationaux et régionaux en faveur de la paix et de la réconciliation;
- ont constitué un comité de suite pour encourager les relations de réseau entre les groupes interreligieux de la région.
Dans une déclaration adoptée lors de la réunion, les responsables religieux ont pris les engagements suivants :
- unir leurs efforts pour encourager les chefs d'Etats de leurs pays à se réunir afin de résoudre les conflits actuels et pour inviter leurs gouvernements à examiner comment appliquer les traités régionaux et les accords de non-agression existants ;
- encourager les mesures propres à stabiliser les frontières et promouvoir la concertation en vue de mandater des forces d'interposition extérieures ;
- renforcer la collaboration avec d'autres secteurs de la société civile pour limiter la prolifération des armes individuelles ;
- organiser des visites communes des camps de réfugiés et de personnes déplacées pour veiller à la protection de leurs droits et à la création de conditions matérielles satisfaisantes ;
- collaborer avec le HCR et d'autres institutions pour encourager le retour dans la sécurité de toutes les personnes déplacées et de tous les réfugiés ;
- faire largement connaître les engagements pris, par l'intermédiaire de leurs communautés religieuses et des médias ;
- poursuivre la collaboration et les activités de suite en vue de l'application des engagements ci-dessus, par l'entremise d'un comité de coordination.
Si les progrès vers la réalisation de ces objectifs ont été lents à cause des difficultés politiques existant dans plusieurs de ces pays et entre eux, le personnel continue à soutenir le comité de coordination nommé lors de ce colloque, qui poursuit ses efforts en vue de la paix et de la réconciliation.
Zimbabwe. A l'occasion de la Huitième Assemblée de Harare, les délégués et les hôtes ont découvert par eux-mêmes la situation difficile de ce pays, et celle-ci ne s'est pas améliorée. La valeur de la monnaie a sérieusement diminué et la situation sociale s'est considérablement aggravée à la suite de la hausse des prix des biens de première nécessité. Les vétérans de la guerre de libération ont continué à exiger les compensations spéciales promises par le parti au pouvoir ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique), mais qui n'ont jamais été versées. La conférence des syndicats, pour sa part, a exigé l'augmentation des salaires et l'amélioration de la sécurité sociale.
Par la suite, la situation a encore empiré, d'une part à cause des difficultés des marchés mondiaux, de l'autre à cause des énormes dépenses occasionnées par la participation du Zimbabwe à la guerre en République démocratique du Congo (en 2000, ces dépenses auraient atteint 1 million de dollars EU par jour). L'insistance croissante des institutions financières internationales et des partenaires traditionnels du développement pour demander des ajustements structurels fondamentaux a encore compliqué les problèmes.
N'ayant pas obtenu l'approbation des citoyens pour sa nouvelle constitution au début de 2000, le gouvernement et le parti au pouvoir devaient craindre de perdre les élections parlementaires, prévues pour 2000 mais toujours repoussées. Dans la perspective de ces élections, les responsables du gouvernement ont encouragé officiellement les vétérans à s'emparer des domaines appartenant aux blancs. Le gouvernement a ignoré les actes de violence toujours plus nombreux visant à intimider les partisans du MDC (Mouvement pour un changement démocratique), parti d'opposition ayant des chances de l'emporter.
Le COE, d'entente avec la CETA, a envoyé une délégation œcuménique au Zimbabwe à fin mai 2000 pour entendre l'opinion des Eglises au sujet de la situation du pays et déterminer comment répondre à la demande du Conseil des Eglises du Zimbabwe (ZCC) d'envoyer des groupes œcuméniques pour observer les élections parlementaires. Le rapport de la délégation souligne avec inquiétude la montée de la violence, la complicité manifestée par le gouvernement et le fait que la police semblait avoir reçu l'ordre de ne pas s'opposer à l'occupation des domaines ni aux mesures d'intimidation à l'égard des partisans de l'opposition.
Le rapport mentionne également les détails de la redistribution des terres, soulignant qu'il s'agit d'un problème fondamental hérité du colonialisme. Il se réfère à des études fondées réalisées sur ce sujet et aux recommandations formulées en faveur d'un processus fondé sur le principe «vendeur volontaire – acheteur volontaire». Il critique les gouvernements britannique et américain qui sont revenus sur leur promesses d'aide financière pour un tel plan, promesses faites au cours des négociations de Lancaster House sur l'indépendance, ainsi que le gouvernement zimbabwéen qui a longtemps exploité le problème des terres à ses propres fins politiques plutôt que de s'engager dans un véritable processus de redistribution.
A la suite de fortes pressions internationales, la violence avait quelque peu diminué au moment des élections, et les gens se sont rendus aux urnes en masse, malgré les menaces permanentes. Les observateurs œcuméniques recrutés par le ZCC avec le soutien du COE ont jugé les élections «raisonnablement libres et équitables», malgré le climat de violence qui les avait précédées, le manque de préparatifs adéquats, le retard dans la distribution des listes d'électeurs et d'autres irrégularités flagrantes.
Sans obtenir la majorité, l'opposition a gagné un grand nombre de sièges. Mais le ZANU-PF, plutôt que de regagner la confiance de la société civile en prenant des mesures pour restaurer la loi et l'ordre, a aggravé la situation en continuant à encourager les occupations de terres par les vétérans. Le nombre des victimes parmi les fermiers blancs, leurs ouvriers noirs et les envahisseurs a encore augmenté. Le gouvernement continue à ignorer les arrêts de la Cour suprême et a forcé les juges indépendants à démissionner pour les remplacer par des partisans inconditionnels du ZANU-PF. Le climat de tensions raciales s'est aggravé, marqué par des attaques contre les journalistes et les journaux indépendants. Les accusations de corruption à l'égard des ministères et des entreprises étatisées se sont multipliées. Les dépenses causées par la guerre en République du Congo ont entraîné des coupes claires dans les programmes de sécurité sociale, notamment dans le domaine de la santé. Au début d'août 2001, le FAO a, pour la première fois, placé le Zimbabwe sur la liste des pays africains devant faire face à une pénurie alimentaire d'une gravité exceptionnelle.
Alors que les tensions allaient croissant entre la société civile et le parti au pouvoir refusant obstinément toute critique, il y a eu une rupture de dialogue presque totale entre le gouvernement et les Eglises. A la demande du ZCC, le secrétaire général du COE a rencontré plusieurs fois à Genève des ministres du gouvernement du ZANU-PF pour leur demander instamment de mettre fin aux violences et de manifester leur volonté de reprendre le dialogue entre l'Etat et l'Eglise.
Tous ces événements n'ont fait que réduire encore plus la confiance des institutions financières internationales, qui ont réitéré leurs exigences en matière de réformes économiques mais aussi de réformes politiques et de mesures propres à mettre fin à la violence. Les Etats de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) se sont montrés toujours plus préoccupés et ont multiplié les démarches auprès du président Mugabe et de son gouvernement pour leur demander de prendre des mesures efficaces contre la violence et de mettre en place un processus de réforme foncière propre à restaurer la confiance de la population et des donateurs étrangers.
Le 7 septembre 2001, un accord a été conclu, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères du Commonwealth à Abuja (Nigéria) entre les gouvernements britannique et zimbabwéen par lequel ce dernier s'engageait à mettre fin à la violence, à rétablir l'ordre, à interdire les occupations de terres, à faire partir les occupants des domaines qui ne figurent pas sur la listes des expulsions obligatoires et à gouverner avec une plus grande transparence. En contrepartie, le gouvernement britannique et d'autres donateurs s'engageaient à financer enfin un programme de réforme agraire et le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) acceptait de collaborer avec le gouvernement zimbabwéen pour mettre en place une «réforme agraire efficace et viable». Bien que le président Mugabe ait accepté cet accord, les participants à la négociation d'Abuja craignaient qu'il ne tienne pas parole, comme si souvent déjà. Ces craintes se réalisèrent le 8 septembre lorsque se produisit une vaste occupation de terres par 150 prétendus vétérans, sous le regard de la police qui se contenta d'observer les actes de violence terrible sans intervenir.
Un signe d'espoir se manifesta à mi-juillet 2001, lorsque le ZCC organisa une réunion sans précédent de responsables d'Eglises aux chutes Victoria pour discuter de la situation dans le pays. Plusieurs ministres du gouvernements étaient présents et durent répondre aux questions insistantes des responsables ecclésiastiques. Lors de cette réunion fut élaboré un rapport très complet dont l'essentiel fit l'objet d'une lettre pastorale au pays, publiée à fin août, à la veille d'une brève visite du secrétaire général du COE à Harare.
Constatant le témoignage courageux des responsables d'Eglises du Zimbabwe qui, de leur côté, espéraient que le COE les soutiendrait, le Comité exécutif a adopté en septembre 2001 une déclaration ferme dans laquelle il se félicite que les responsables du ZCC aient affronté la situation avec courage en faisant des recommandations claires et constructives pour éviter que l'ensemble de la société ne coure à sa perte. Le Comité les encourage à continuer à agir dans l'intérêt de la paix et de la justice pour promouvoir et guider un processus national de dialogue et de négociations, en vue de parvenir à des solutions non violentes des conflits.
Cette déclaration exprime également la profonde inquiétude face à la montée continue de la violence dans la perspective des élections présidentielles et invite le gouvernement à répondre aux demandes raisonnables des responsables ecclésiastiques et de la communauté internationale en favorisant un climat de consensus et de concorde.
2. Asie
Colloque sur la justice, la paix et la sécurité de la population en Asie du Nord-Est. Du 26 février au 3 mars, un colloque œcuménique important a eu lieu à Kyoto (Japon), rassemblant une quarantaine de représentants des conseils chrétiens du Japon et de la Corée, de l' Eglise presbytérienne de Taiwan, du Conseil chrétien de Chine (CCC) et de la Conférence chrétienne d'Asie (CCA), ainsi que des partenaires œcuméniques européens et américains. Le colloque était organisé avec la collaboration du Conseil mondial de la mission, dont le secrétaire général et le président étaient présents. C'était le troisième colloque de ce genre depuis 1984 consacré à la sécurité de la région. Le premier, à Tozanso, avait suscité une série de réunions entre chrétiens de la Corée du Nord et du Sud qui ont beaucoup contribué à faire progresser les efforts de réunification pacifique de ces deux pays.
Au Colloque de Kyoto, on a essayé de remplacer l'idée de «sécurité nationale» par celle de «sécurité de la population», considérée comme essentielle à la paix et à la coopération dans la région, dans le nouveau contexte de l'après-Guerre froide. On a également examiné plusieurs facteurs de tension dans la région, notamment la question délicate des divergences au sujet de la politique de la «Chine unique» pratiquée par la République populaire de Chine. Cela a suscité des débats fondamentaux, et qui n'ont pas abouti, entre les représentants du Conseil chrétien de Chine et de l'Eglise presbytérienne de Taiwan présents à cette rencontre.
Sri Lanka. Les Comités exécutif et central ont publié à plusieurs reprises des déclarations sur la situation dans ce pays depuis le début des conflits intercommunautaires en 1983. Le secrétaire général a effectué une visite pastorale à Sri Lanka en mars 2001. Par la suite, la situation s'est aggravée lorsque le Congrès musulman de Sri Lanka s'est retiré de la coalition gouvernementale. Lorsque le Parti national uni (opposition) a présenté une motion de défiance à l'égard du gouvernement, la présidente Chandrika Kumaratunga a suspendu le Parlement et organisé un référendum en août en vue de l'adoption d'une nouvelle constitution. Sa décision a suscité des troubles dans tout le pays et a été condamnée par les responsables des partis, des groupes religieux et de la société civile. Des manifestations de protestation ont eu lieu un peu partout, occasionnant de violents affrontements entre la population et les forces de sécurité
Le Conseil chrétien national de Sri Lanka a publié le 14 juillet une déclaration sur la crise constitutionnelle dans laquelle on peut lire: «L'une des priorités nationales doit être l'instauration d'une nouvelle culture politique permettant de créer les conditions d'un renforcement des institutions démocratiques et l'avènement d'une ère de paix et de développement dans le pays. […] Il faut mettre fin à la politique de l'affrontement, dans l'intérêt du pays et de la population.»
Le matin du 24 juillet, des attentats suicides des LTTE (Tigres de libération de l’Eelam tamoul) ont été lancés contre l'aéroport international Bandaranaika et la base aérienne militaire proche, causant de sérieux dégâts aux avions civils et militaires et faisant ressurgir les préoccupations quant à la sécurité générale du pays. Un membre de l'équipe «Relations internationales» qui se trouvait dans le pays pour l'une des visites périodiques aux Eglises et partenaires œcuméniques destinées à soutenir leurs efforts de paix et de réconciliation a fait un rapport détaillé de la situation et proposant des lignes d'action.
En décembre 2001, des élections générales ont eu lieu, portant au pouvoir le Parti national uni et un nouveau Premier ministre, Ranil Wickremesinghe. A la suite de ces élections, la situation semble avoir évolué favorablement. Les négociations de paix entre le gouvernement de Sri Lanka et les LTTE ont repris. Les deux parties ont proclamé un cessez-le-feu unilatéral et s'y sont tenues. En témoignage de bonne volonté. Le gouvernement a levé l'embargo sur la nourriture et les médicaments qui frappait le Nord, les barrages routiers fréquents à Colombo ont été enlevés et on a pris des mesures pour rouvrir l'autoroute vers Jaffna. Tout cela a grandement amélioré la situation des Tamouls.
Le gouvernement norvégien a été invité à relancer les négociations de paix qu'il avait conduites auparavant. Avec l'aide et l'encouragement du COE, le Conseil national des Eglises de Sri Lanka et le Conseil national des Eglises de Norvège ont harmonisé leurs efforts de médiation. Des représentants des deux conseils ont échangé des visites et ont élaboré une stratégie claire de soutien œcuménique à la paix. Si ces mesures ont considérablement amélioré le sort de la population, il s'agit maintenant pour les parties d'officialiser l'accord de cessez-le-feu et aussi de se pencher sur les graves problèmes politiques qui sont à la base du conflit ethnique. Pour une paix juste et durable, les parties doivent être prêtes à reconnaître les problèmes politiques et à s'engager à les résoudre par un accord négocié. Il importe que tout accord de paix prenne en compte la dimension des droits de l'homme et des questions telles que le recrutement forcé des enfants soldats.
3. Amérique latine
Argentine. La révolte populaire contre la politique économique du gouvernement qui a éclaté en décembre dernier, conduisant à la démission d'une série de présidents, a gravement inquiété le COE et tout le mouvement œcuménique. Le COE a mobilisé des fonds de secours pour soutenir les organisations des droits de l'homme liées aux Eglises, et ACT a également apporté une aide d'urgence aux nécessiteux par l'intermédiaire des Eglises. Avec la collaboration de l'organe de coordination en Argentine, une table ronde a été organisée au début d'avril pour déterminer comment soutenir les Eglises dans ce qui risque fort d'être une longue lutte pour restaurer la justice économique et sociale dans le pays.
Haïti. Le COE a des contacts suivis avec la Fédération des Eglises protestantes du pays, qui connaît un nouveau regain de violences et de violations des droits de l'homme. Les visites de membres du personnel se sont poursuivies pour répondre aux demandes d'aide des Eglises en matière de formation œcuménique. Le secrétaire général a écrit pour soutenir un appel commun des Eglises protestantes et catholique romaine en vue de faire cesser la violence et de susciter un processus de dialogue politique responsable. La CEAI a aidé des représentants d'Eglises haïtiennes à assister à la session 2002 de la Commission des Nations Unies pour les droits de l'homme où ils ont pu parler de la situation et demander instamment la visite d'un rapporteur spécial des Nations Unies.
Activités officielles
2001
21 mars Déclaration du COE à l'occasion de la Journée internationale de lutte contre la discrimination raciale.
19 mars - Déclarations écrites de la Commission des Eglises pour les affaires internationales
27 avril (CEAI) à la Commission des droits de l'homme des Nations Unies concernant les droits économiques, sociaux et culturels ainsi que la liberté de religion, la liberté et l'intolérance religieuses, notamment dans des situations de conflit ayant des connotations religieuses; intervention orale au sujet du Guatemala et de la situation au Moyen-Orient.
29 mars Lettre du directeur de la CEAI au juge Gabriel Cavallo (Argentine) pour le féliciter de son arrêt rendu contre un officier supérieur coupable de graves crimes commis pendant la dictature militaire et pour souligner l'importance de ce jugement à la lumière des efforts incessants pour s'opposer à l'impunité
10 avril Lettres du secrétaire général à Ernesto Zedillo Ponce de León, président du Conseil supérieur du secrétaire général des Nations Unies sur le financement du développement, et de Rogate Mshana (chargé du programme « Economie mondiale) à l'ambassadeur Bagher Asadi, président du G-77, pour demander que les préoccupations œcuméniques soient prises en compte dans le projet de plan d'action de l'ONU en vue du financement du développement.
6 juin Lettre du directeur de la CEAI à la Mission palestinienne permanente d'observation auprès des Nations Unies à Genève, pour exprimer ses condoléances à la suite de la mort du responsable palestinien Faissal Husseini, ancien chef de l'Orient House à Jérusalem; lettre à l'ambassadeur d'Israël auprès des Nations Unies à Genève pour exprimer les condoléances du secrétaire général aux familles des victimes de l'attentat suicide du 1er juin.
12 juin Lettre du directeur de la CEAI à l'ambassadeur du Bangladesh auprès des Nations Unies à Genève, pour exprimer ses condoléances aux familles des victimes de l'attaque à la bombe visant une église catholique romaine et souhaiter que le gouvernement fasse son possible pour punir les responsables.
13 juillet Lettre du secrétaire général intérimaire aux Eglises membres et conseils d'Eglises de l'Inde et du Pakistan à la veille du Sommet d'Agra (14-16 juillet), exprimant l'espoir des Eglises et des gens de bonne volonté des deux pays de voir le Sommet restaurer la confiance mutuelle pour surmonter les obstacles sur la voie de la paix dans le sous-continent.
2 août Lettre du secrétaire général à l'évêque Ambrose Moyo, président du Conseil des Eglises du Zimbabwe, pour féliciter le Conseil du témoignage en faveur de la paix, de la justice et de la bonne gouvernance rendu par les responsables religieux lors de leur retraite aux chutes Victoria, à la mi-juillet.
29 août Lettre du secrétaire général aux Eglises membres du COE en Australie et au Conseil national des Eglises de ce pays, exprimant son regret face au refus du gouvernement d'autoriser l'entrée sur le territoire des requérants d'asile sauvés des eaux par le capitaine et l'équipage du cargo norvégien Tampa.
7 septembre Déclaration de la délégation du Conseil œcuménique des Eglises à la Conférence mondiale des Nations Unies contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y sont associés, à Durban (Afrique du Sud), concernant le Forum des ONG (texte distribué au dernier Comité exécutif).
11 septembre Message de condoléances du secrétaire général, au nom du Comité exécutif alors en réunion, aux Eglises et à la population des Etats-Unis d'Amérique à la suite des attentats commis ce même jour à New York et à Washington.
14 septembre Déclaration du Comité exécutif sur la situation au Zimbabwe pour appuyer la «Lettre pastorale à la nation» du Conseil des Eglises du Zimbabwe et exprimer sa profonde inquiétude face à la dégradation de la situation économique et sociale.
- Déclaration du Comité exécutif sur le conflit palestino-israélien, où il réaffirme le désir du COE de voir s'instaurer une paix équitable au Moyen-Orient, exprime sa profonde sympathie à toutes les victimes du conflit et notamment aux familles des personnes tuées, tant palestiniennes qu'israéliennes, souhaite une campagne œcuménique dans le cadre de la DVV pour attirer l'attention en 2002 sur les efforts incessants en vue de mettre fin à l'occupation illégale de la Palestine, demande aux Eglises de participer à un boycottage international des marchandises produites dans les colonies israéliennes installées illégalement en territoires occupés et d'organiser des veillées de prières internationales pour renforcer la «chaîne de solidarité» avec le peuple palestinien, et prie enfin le Conseil de mettre en place un programme de soutien œcuménique, avec notamment une présence œcuménique internationale en Palestine et Israël.
20 septembre Lettre ouverte du secrétaire général aux Eglises des Etats-Unis, pour faire suite du message du Comité exécutif du 11 septembre.
25 septembre Rencontres à Genève de responsables des Eglises de Colombie avec d'autres partenaires œcuméniques pour évoquer la situation générale de ce pays, le travail accompli par les Eglises et les domaines où une collaboration serait possible, notamment en renforçant le soutien international au processus de paix colombien; rencontres avec des représentants de missions diplomatiques et d'ONG; voyage à Upsal (Suède) avec la délégation colombienne pour d'autres entretiens.
2 octobre Lettre ouverte du secrétaire général du COE au secrétaire général de l'ONU Kofi Annan sur les conséquences des attentats du 11 septembre et des ripostes internationales envisagées.
8 octobre Déclaration du COE sur le début des bombardements en Afghanistan demandant aux Etats-Unis et au Royaume-Uni de mettre fin sans tarder à leurs opérations militaires et demandant aux autres Etats de ne pas se joindre à cette coalition. Le COE assure de ses prières tous ceux qui subissent ces bombardements, les Eglises et communautés chrétiennes minoritaires, notamment au Pakistan, et toutes les autres communautés religieuses susceptibles de se trouver dans la ligne de mire de ces opérations militaires et d'autres à venir.
16 octobre Lettre du secrétaire général au secrétaire général de l'ONU Kofi Annan et à Mme Rosemarie Waters, présidente du Comité du personnel de l'ONU, pour les féliciter du Prix Nobel de la paix 2001 décerné à cette organisation.
29 octobre Lettre du secrétaire général adjoint au général Pervaiz Musharaf, président de la République du Pakistan, exprimant sa profonde inquiétude à la suite de l'attaque de Bahawalpur qui a causé la mort de 17 chrétiens et, d'une manière générale, au sujet de «la sécurité de la minorité chrétienne dans le climat actuel d'intolérance religieuse» ; ce message soutient l'appel du Conseil national des Eglises du Pakistan pour demander une enquête judiciaire sur cette attaque et des mesures propres à assurer la sécurité de la minorité chrétienne et réitère l'appel du COE de mettre rapidement fin aux opérations militaires contre l'Afghanistan.
29 octobre Annonce publique de la création du Programme œcuménique d’observation de la situation en Palestine en Israël (EMPPI)¸ approuvé par le Comité exécutif.
8-14 novembre Visite pastorale d'une délégation du COE, en guise de «lettres vivantes» aux Eglises des Etats-Unis, pour faire suite au message du Comité exécutif et à la lettre du secrétaire général du COE à ces Eglises.
16 novembre Lettre du secrétaire général aux chefs des communautés religieuses musulmanes du monde entier à l'occasion du début du Ramadan et dans la perspective de l'Avent; cette lettre évoque les liens spirituels entre chrétiens et musulmans qui doivent être redécouverts après la tragédie du 11 septembre, rejette les tendances occidentales à donner une image négative de l'islam et appelle à une collaboration authentique et à des efforts communs pour venir en aide aux victimes, défendre les droits de la personne et le droit humanitaire et «approfondir le dialogue entre les religions et les cultures».
29 novembre- Colloque organisé à Genève par la Commission des Eglises pour les affaires
2 décembre international avec des représentants des Eglises et des partenaires œcuméniques, intitulé «Au-delà du 11 septembre – examen des conséquences mondiales».
5 décembre Déclaration de la CEAI à l'occasion de la Conférence des hautes parties contractantes de la Quatrième convention de Genève, tenue dans cette ville, pour appeler ces parties à appliquer la Convention à la situation dans les territoires palestiniens occupés par Israël, et demandant notamment à l'Etat d'Israël, puissance occupante, de respecter ses obligations de signataire de la Convention.
11 décembre Lettre du secrétaire général à Mme Mary Robinson, haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, pour l'inviter instamment à demander au gouvernement de l'Indonésie de se soucier des violences sectaires qui sévissent à Sulawesi, avant que la situation ne dégénère comme aux Moluques.
20 décembre Lettre du secrétaire général aux Eglises membres et aux partenaires œcuméniques accompagnant une série de prières et de messages et encourageant les Eglises et les paroisses à les utiliser dans leurs services du 1er janvier à Pâques, en vue du lancement en 2002 de la campagne œcuménique de soutien à la paix au Moyen-Orient par la fin de l'occupation illégale de la Palestine.
21 décembre Lettre ouverte du secrétaire général à la Fédération protestante d’Haïti contenant un appel au gouvernement et aux partis politiques de ce pays leur demandant de mettre fin à l'escalade de la violence et de l'injustice qui sévit en Haïti, «tout faire pour poursuivre et conclure l'accord politique en négociation» et encourageant les Eglises à «persévérer dans la recherche du bien pour le peuple haïtien, à travers la prière, la proclamation de la volonté de Dieu et l’action concrète, […] pour essayer de briser le cercle vicieux de l'injustice et de la violence.»
2002
10 janvier Lettre du secrétaire général au président Olusegun Obasanjo du Nigéria pour exprimer ses condoléances à la suite de l'assassinat du ministre de la Justice Bola Ige, figure éminente de l'œcuménisme.
10 janvier Lettre du secrétaire général aux Eglises d'Argentine pour les encourager à poursuivre leur témoignage auprès de la société, alors que le pays passe par une période de troubles provoqués par la crise économique qui a entraîné la démission successive de plusieurs présidents.
22 février Lettre du secrétaire général aux Eglises de Madagascar pour exprimer son soutien et sa solidarité alors que le pays connaît une période de troubles provoqués par les élections et pour demander aux parties de faire preuve de sagesse et de retenue pour parvenir à une solution négociée.
4 mars Lettre du secrétaire général adjoint au Conseil national des Eglises de l'Inde et aux Eglises membres de ce pays, dans laquelle il déplore les actes de violence commis au Gujerat, qui ont causé plus d'une centaine de morts et de grandes souffrances aux communautés musulmane et hindoue; il rappelle les principes de non-violence de Gandhi et assure les Eglises de son soutien à leurs efforts pour jeter des ponts et encourager la paix et la réconciliation.
15 mars Lettre ouverte du directeur de la CEAI aux Eglises membres, aux conseils d'Eglises régionaux et nationaux et aux organisations œcuméniques partenaires pour leur faire part des témoignages de première main de collaborateurs des Eglises en Palestine sur la montée de la violence engendrée par les opérations militaires israéliennes en Palestine et leur transmettre l'appel des responsables des Eglises et des communautés chrétiennes de Jérusalem demandant de mettre fin à la violence; il demande également à la communauté chrétienne mondiale de faire pression sur les gouvernements pour qu'ils s'engagent en faveur de la fin de l'occupation illégale de la Palestine et des opérations militaires en cours.
2 avril Intervention orale de la CEAI auprès de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies concernant les violations du droit international, des normes en matière de droits de la personne et de la Quatrième convention de Genève commises par Israël dans le conflit en cours: cette intervention soutient l'appel de la haut-commissaire aux droits de l'homme en faveur d'une présence internationale susceptible de limiter la violence, restaurer le respect des droits de la personne et créer des conditions propices aux négociations.
4 avril Intervention orale de la CEAI auprès de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies sur la nécessité urgente d'assurer une meilleure protection des droits humains des réfugiés et des déplacés internes.
12 avril Lettre ouverte du secrétaire général aux ministres européens des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE) rappelant les obligations de la communauté internationale aux termes du Plan de partage des Nations Unies figurant à la Rés. 181 (1947) et leur demandant de prendre des mesures urgentes, y compris la suspension de l'Accord d'association euro-méditerranéen entre l’Union européenne et Israël, de réexaminer toutes les formes de coopération militaire avec Israël et de manifester la volonté de l'UE de participer à une mission ou à un système d'envoi de tiers sur les lieux pour vérifier qu'Israël se plie aux exigences du Conseil de sécurité concernant son retrait immédiat des territoires palestiniens et que la Palestine accède à l'exigence de mettre fin à toute attaque terroriste contre la population israélienne.
16 avril Intervention orale de la CEAI auprès de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies concernant l'aggravation des mesures de répression prises en Papouasie occidentale / Irian Jaya; dans cette intervention, on demande à la Commission d'exercer son influence sur le gouvernement indonésien pour qu'il mette fin aux violations des droits de la personne et aux mesures de répression prises sur ce territoire.
6 mai Lettre du secrétaire général à la Fédération protestante d’Haïti pour la féliciter de l'appel lancé avec l'Eglise catholique romaine en vue d'organiser des journées de prière pour la paix, la justice et l'honnêteté, afin de s'opposer à la montée de la violence, de l'injustice et de la corruption.
10 mai Lettre du directeur de la CEAI aux Eglises de Colombie à la suite du massacre de civils perpétré dans l'église de Bellavista; cette lettre exprime la solidarité du COE avec les Eglises et leurs efforts pour la paix et la médiation, et demande aux forces armées révolutionnaires de Colombie, aux forces paramilitaires et au gouvernement colombien d'assurer la protection de la population civile dans les zones de conflit et de mettre fin à toute opération militaire.
Délégations œcuméniques aux Nations Unies
2001
Février, mai, Réunions à New York du Comité de préparation de la grande conférence sur le
octobre financement du développement (FfD) prévue pour mars 2002. D'importantes équipes œcuméniques ont participé aux trois réunions préparatoires où on s'est penché sur les problèmes du commerce, de l'endettement et des politiques d'ajustement structurel; elles ont joué un rôle important dans les efforts pour harmoniser les points de vue des grandes ONG. Elles ont préparé des sujets de discussion en vue des réunions futures et diffusé un document de base, très apprécié, intitulé: «Justice: le cœur du problème. Approche œcuménique du financement du développement.»
Mars-mai Sommet mondial sur le développement durable (WSSD/Rio + 10). Des équipes œcuméniques ont participé à deux réunions de la Commission du développement durable et à la première réunion du Comité préparatoire du WSSD à New York; elles ont également commencé à préparer l'étude de différents thèmes pour le WSSD qui se tiendra en septembre 2002.
Janvier, mai, Session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/sida.
Juin Des équipes du COE ont participé à deux réunions préparatoires informelles à New York en janvier et mai et ont pris la parole en plénière lors de la Session extraordinaire de juin. La délégation du COE a participé à l'élaboration d'une déclaration demandant une collaboration plus étroite entre les organisations d'inspiration religieuse, les gouvernements et les organisations intergouvernementales. Cette résolution a reçu l'appui d'organisations chrétiennes, juives, musulmanes et interreligieuses.
Juillet Conférence des Nations Unies sur tous les aspects du commerce illégal des armes légères. Une délégation de 10 membres a assisté à cette conférence à New York, dont 5 membres de la CEAI, deux partenaires de «Paix dans la ville » venus de régions durement touchées et un spécialiste de la communication. Le COE a contribué à organiser plusieurs réunions parallèles, avec la collaboration du Réseau d'action international sur les armes légères. Il est également intervenu oralement lors de la Conférence pour souligner la nécessité de restreindre l'usage des armes légères par des mesures propres à renforcer la démocratie, le respect des droits de la personne, l'ordre et la bonne gouvernance, sans oublier les mesures d'ordre économique et d'autres, comme la réforme du domaine de la sécurité et l'encouragement de programmes propres à faire obstacle aux cultures de la violence et à promouvoir celles de la paix.
Juillet Groupe de travail de l'ONU sur les populations autochtones. La délégation du COE à Genève a fait une intervention orale pour demander que les populations autochtones participent pleinement et efficacement à la création d'un Forum permanent, aux travaux du rapporteur spécial et à l'application du projet de déclaration sur les droits des peuples autochtones.
2002
Janvier Réunion du Comité préparatoire de la Conférence sur le financement du développement à New York. La représentante du COE à l'ONU a continué à participer aux travaux du Groupe de travail restreint ad hoc créé pour faciliter l'accès de toutes les ONG accréditées aux activités de l'ONU. Ce groupe a négocié avec les coprésidents du Bureau pour assurer la transparence des procédures de sélection des ONG autorisées à prendre la parole, organisé la séance d'orientation des ONG du 13 janvier, coordonné la réunion quotidienne des ONG et contribué à organiser la réception rassemblant les représentants des gouvernements, du personnel du Secrétariat de l'ONU et les délégués des ONG. L'équipe œcuménique de 25 personnes représentant 8 à 10 organisations a pris la parole en plénière sur le thème «Demeurer engagés – en faveur de la justice». Des membres de l'équipe oint été chargés de présider plusieurs comités d'ONG et les «sujets de discussion » définis par l'équipe ont été repris dans les déclarations de divers comités.
Mars Conférence mondiale sur le financement du développement – Monterrey (Mexique). L'équipe œcuménique a été rejointe par 5 personnes du Conseil des Eglises d'Amérique latine (CLAI), qui avait organisé une réunion parallèle sur «La foi, l'économie et la société». 13 membres de l'équipe œcuménique élargie ont été choisis par le Secrétariat de l'ONU comme orateurs ou conseillers des Tables rondes de la Conférence, et d'autres membres ont rédigé 4 déclarations comprenant des propositions qui ont été présentées et diffusées à chaque Table ronde à laquelle ils participaient. L'équipe a organisé une «manifestation parallèle» intitulée: «Sur la route… de Monterrey à Johannesburg», sous forme de séance d'un parlement municipal. Le discours de clôture de la Conférence a été préparé par le Groupe des ONG et présenté conjointement par un membre de l'équipe œcuménique, l'une des plus jeunes personnes présentes, et un autre représentant d'ONG, au nom de l'ensemble de la société civile.
Janvier-avril L'équipe œcuménique spécialisée suivant le débat mondial en vue du Sommet mondial sur le développement durable (WSSD) a participé à deux réunions du Comité préparatoire à New York durant cette période. La première a examiné et évalué les progrès accomplis dans l'application de l'Agenda 21; la deuxième a été une première rencontre de négociation; la première semaine a été consacrée à l'examen du rapport du président.
Avril Une délégation œcuménique a suivi la réunion annuelle ordinaire de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies, à Genève.
Mai-juin 4ème session du Comité préparatoire du WSSD à Bali (Indonésie), au niveau ministériel. Des équipes œcuméniques ont participé à deux réunions préparatoires à New York et à la réunion ministérielle de Bali, consacrée à la dette écologique, aux responsabilités des sociétés, à l'énergie et à l'eau en tant que ressources sociales.
Août- Après une longue période de préparation et d'engagement, l'équipe œcuménique
septembre participera, au moment de la réunion du Comité central, au Sommet mondial sur le développement durable (WSSD) à Johannesburg (Afrique du Sud). Elle continuera à soulever les questions mentionnées dans le cadre des réunions de préparation et accordera une attention particulière aux régions les plus touchées par les changements climatiques.
Mai Une petite délégation du COE a assisté à la Session extraordinaire de l'Assemblée générale de l'ONU consacrée aux enfants, qui s'est tenue à New York.
Mai Une délégation du COE a également assisté à New York à la première réunion du Forum des populations autochtones.
Conseil œcuménique des Eglises
Commission des Eglises pour les affaires internationales
CADRE POLITIQUE ET LIGNES DIRECTRICES
SUR LES ARMES LEGERES
Historique
Les armes légères et la violence
Si de tenaces et profonds conflits politiques se transforment avec une fréquence alarmante en guerre et en violence armée, c’est essentiellement aux armes légères qu’on le doit. Guerre, criminalité, violences domestiques et suicides : plus de 10.000 personnes meurent chaque semaine de la violence des armes légères. La facilité avec laquelle on peut se les procurer exacerbe et prolonge les conflits armés, freine le développement économique et social, favorise la criminalité, entretient une culture de la violence et entraîne une extraordinaire accumulation de drames personnels et de crises publiques.
C’est sur les êtres vulnérables, en particulier les adolescents, que les armes légères ont les effets les plus dévastateurs. Légères, transportables et faciles d’emploi, les armes légères et de petit calibre ont favorisé le recrutement d’enfants comme combattants armés, l’un des traits les plus monstrueux des conflits armés contemporains.
Il est urgent que la communauté internationale agisse – elle le doit au public - pour combattre la prolifération, l’accumulation et l’abus des armes légères et de petit calibre et leurs retombées délétères sur les plans social, économique, politique et humanitaire.
Le rôle des Eglises
Face à la crise des armes légères et dans le contexte de la campagne internationale « Paix dans la ville », menée dans le cadre du Programme « vaincre la violence » du Conseil œcuménique des Eglises (COE), le Comité central du COE a demandé en 1997 qu’une attention spéciale soit accordée au microdésarmement. Par la suite, des colloques internationaux et régionaux ont été organisés à Rio de Janeiro (mai 1998 et juillet 2000) et à Nairobi (octobre 2000) sur le microdésarmement ; un Fonds pour le microdésarmement a été créé pour soutenir des initiatives locales et régionales et un réseau œcuménique sur les armes légères (ENSA) est en formation.
« On ne peut s’attaquer efficacement au problème de la violence armée et de la diffusion des armes légères… sans la participation des Eglises de la région », a déclaré en juillet 2000 le Colloque de Rio. « Profondément enracinées dans les communautés locales, les Eglises sont particulièrement bien placées pour s’attacher à régler les microconflits. Elles connaissent les besoins des populations et peuvent comprendre le sentiment d’insécurité qui peut amener certains à recourir aux fusils pour se sentir en sécurité », a-t-il poursuivi.
Les Eglises sont bien placées pour reconnaître et attester les conséquences des armes légères car elles exercent leur ministère auprès des victimes et de leurs familles dans le monde entier, dans les pays riches comme dans les pays pauvres. Elles voient quels sont les besoins des gens et peuvent, mieux que personne, enrayer la propagation des armes légères, en mettant en évidence les dimensions matérielles, morales, éthiques et spirituelles du problème. Elles peuvent éclairer, mobiliser et guider la communauté, apportant une contribution globale et spécifique à la campagne internationale contre les armes légères.
Elles ont aussi des lignes de conduite à tracer, en apportant à l’action sociale et politique menée pour réduire le nombre des armes légères en circulation et arrêter leur prolifération l’éclairage de la théologie, de la morale et de l’éthique.
Les armes légères : un programme se dessine
Au travers des multiples études d’experts et résolutions des Nations Unies, ainsi que des analyses et recherches de la société civile se dessine un programme international d’action contre les armes légères. Les Eglises sont appelées à soutenir et à faire accepter ce programme largement reconnu, destiné à contrôler les livraisons et la disponibilité des armes légères, à créer les conditions sociales, économiques et politiques propres à réduire la demande d’armes légères, et à faciliter et assurer la mise en œuvre concrète et le respect des mesures de contrôle et de réduction de ces armes.
Si les Etats exercent, à des degrés divers, un contrôle sur les armes légères, il n’existe pas de loi ou de norme universelle régissant la production, le transfert, la détention et l’utilisation des armes légères et protégeant les individus, familles et collectivités de l’abus de ces armes.
Toutefois, les Etats ont pris plusieurs initiatives internationales importantes qui méritent de retenir l’attention des Eglises, notamment :
a) la Déclaration de moratoire de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) sur les transferts et la fabrication d'armes légères en Afrique de l'Ouest (novembre 1998) ;
b) la Déclaration de Nairobi sur la prolifération des armes légères illégales dans la région des Grands Lacs et la Corne de l'Afrique (mars 2000) ;
c) la Déclaration de Bamako sur la position africaine commune sur la prolifération, la circulation et le trafic illicites des armes légères (décembre 2000) ;
d) la Convention interaméricaine de l'OEA contre la fabrication et le trafic illicites d’armes à feu, de munitions, d’explosifs et autres matériels connexes (novembre 1997) ;
e) La Déclaration de Brasilia pour la Conférence des Nations Unies de 2001 sur le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects, adoptée lors de la réunion régionale des Etats de l’Amérique latine et des Caraïbes tenue en préparation de la Conférence des Nations Unies (novembre 2000) ;
f) L'Action commune relative à la contribution de l'Union européenne à la lutte contre l'accumulation et la diffusion déstabilisatrices d'armes légères et de petit calibre (décembre 1998) ;
g) Le Protocole contre la fabrication et le trafic illicites d’armes à feu, de leurs pièces, éléments et munitions, additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée (mars 2001).
La Conférence des Nations Unies de 2001
La Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects, organisée en juillet 2001, est une occasion unique d’avancer dans la mise en œuvre du triple programme d’action contre les armes légères, de reconnaître les conséquences humanitaires de la prolifération de ces armes et de mobiliser les esprits en faveur de mesures et d’engagements rapides pour en atténuer les retombées délétères.
Il est d’une importance vitale que les Etats participant à la Conférence des Nations Unies s’engagent à prendre des mesures qui aient une incidence réelle et bénéfique sur la vie des personnes qui subissent maintenant les conséquences dévastatrices et délétères de la présence et de l’abus des armes légères dans leurs collectivités. La Conférence des Nations Unies pourrait marquer une étape décisive dans le règlement de la crise des armes légères, même si elle ne constitue qu’un premier pas vers l’élaboration des mesures, normes et lois internationales nécessaires pour réduire la demande d’armes légères et en renforcer le contrôle.
Appel à l’action sur les armes légères et de petit calibre
S’appuyant sur le travail déjà réalisé sur les armes légères et de petit calibre par le personnel de l’équipe «Relations internationales » du COE et le Groupe d’examen de la CEAI pour l’édification de la paix et le désarmement, la Commission des Eglises pour les affaires internationales (CEAI) du Conseil œcuménique des Eglises, tenant sa 44ème session à Crans Montana (Suisse) du 14 au 18 mai 2001 :
renouvelle l’appel de la Cinquième Assemblée du COE (Nairobi, 1975) qui invitait les Eglises à « insister sur le fait qu’elles sont prêtes à vivre sans la protection des armements », et prie instamment les chrétiens de travailler à l’instauration de la paix et de la justice et de favoriser le développement des institutions sociales et politiques qui assurent la sécurité et le bien-être physique et spirituel de tous sans recourir aux armes ;
réaffirme sa volonté de continuer à participer à l’action mondiale entreprise pour lutter contre l’accumulation et la prolifération excessives et effrénées des armes légères qui suscitent des conflits dans le monde entier et les rendent extrêmement destructeurs et rebelles à un règlement pacifique ;
se félicite de la tenue en 2001 de la Conférence des Nations Unies sur les armes légères et prie instamment les Eglises de la recommander à Dieu dans leurs prières, de même que le vaste effort entrepris pour obtenir un désarmement en matière d’armes légères ;
souligne l’urgence de mener une action internationale résolue jusqu’à la Conférence de 2001 et après, afin d’encourager la communauté internationale à mettre en place un programme d’action de longue durée pour régler la crise des armes légères ;
se félicite de la formation du Réseau d’action international sur les armes légères (IANSA), dont le COE est membre fondateur, et du travail qu’il a réalisé ;
affirme combien il est important que les Eglises agissent, et encourage le Réseau œcuménique sur les armes légères (ENSA) à poursuivre ses travaux en collaboration avec d’autres membres de l’IANSA ;
engage les Etats à profiter de l’occasion que leur offre la Conférence des Nations Unies de 2001 pour convenir des mesures suivantes, s’engager à les appliquer et se doter des politiques et des ressources nécessaires pour en assurer efficacement le suivi et la mise en œuvre :
a) faire preuve de retenue dans l’accumulation et le transfert des armes légères et de petit calibre et travailler à l’élaboration d’un « code de conduite » mondial pour contrôler les transferts d’armes dans le cadre des obligations des Etats et conformément à elles, notamment l’obligation de ne pas acquérir d’armes pour d’autres buts que leur défense ou de ne pas en acquérir plus qu’il n’est nécessaire pour leur défense, pour que les armements détournent le moins de ressources possible, et l’obligation de respecter et de protéger le bien-être et les droits de leurs citoyens ;
b) appliquer, au niveau national, de stricts contrôles sur la fabrication, la détention et l’utilisation des armes légères, envisager notamment la possibilité pratique d’adopter un instrument légalement contraignant pour interdire universellement la détention et l’utilisation par des civils de fusils d’assaut militaires ;
c) désamorcer les conditions sociales, politiques et économiques tendant à susciter une demande d’armes légères et de petit calibre (notamment en mettant l’accent sur la sécurité et la protection des personnes, le règlement pacifique des conflits, la promotion d’une culture de paix et en entreprenant d’urgence la réforme du secteur de la sécurité) ;
d) coopérer, en particulier à l’intérieur des régions et entre elles, pour mieux assurer le respect intégral des contrôles et des règlements, par exemple par l’élaboration d’instruments universels légalement contraignants régissant les échanges, et adopter des normes universelles pour le marquage, la traçabilité et l’enregistrement des armes légères et de petit calibre ;
e) adopter des normes internationales pour la gestion des arsenaux, le désarmement et la démobilisation au sortir des conflits, la réinsertion des anciens combattants, la récupération des armes et la destruction des armes récupérées et excédentaires ;
f) favoriser la conversion des usines d’armements en établissements de production à buts sociaux constructifs ;
g) pratiquer le maximum de transparence dans les transactions, les mesures politiques et les règlements relatifs aux armes légères et de petit calibre ;
h) fournir des ressources et un soutien international accrus aux programmes et initiatives visant à promouvoir la justice sociale et la sécurité des personnes comme conditions essentielles au développement, et favoriser des conditions sociales, économiques et politiques propices à une paix, une stabilité et un développement à long terme ;
i) soutenir par des moyens financiers, techniques et politiques la mise en œuvre effective des mesures et politiques susmentionnées ;
j) mettre en place des procédures efficaces de suivi et de responsabilisation ;
prie instamment les Eglises de se joindre, dans le contexte de la Décennie « vaincre la violence », à d’autres acteurs religieux et partenaires de la société civile de leur pays pour obtenir que leur gouvernement adhère à ces objectifs ;
s’engage à continuer d’apporter une attention particulière à l’amélioration des conditions sociales, politiques et économiques qui tendent à alimenter la demande d’armes légères et de petit calibre ;
s’engage à continuer de consulter activement les Eglises membres et les conseils régionaux et nationaux d’Eglises pour encourager l’éducation et la sensibilisation, élaborer et affiner les orientations œcuméniques sur la question, contribuer à l’élaboration de plans d’action nationaux, régionaux et internationaux ayant pour but de venir à bout de la violence armée et de la prolifération des armes légères et de petit calibre, et aider les Eglises à concevoir des programmes et moyens d’action efficaces pour juguler et atténuer les effets des armes légères et de petit calibre.
Adopté à la 44ème session
de la CEAI/COE
18 mai 2001
Crans Montana (Suisse)

