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Date du document:  3.09.2002

Conseil Oecuménique des Eglises
COMITÉ CENTRAL
Genève, Suisse
26 août - 3 septembre 2002



Rapport du Modérateur




Les principaux éléments de la mondialisation qui affectent l’Eglise / Ecclésiologie et mondialisation / Renouveler et raviver la catholicité de l’Eglise / La catholicité : un appel à renouveler notre engagement missionnaire / L’Eglise : point de convergence entre la catholicité théocentrique et la catholicité anthropocentrique / L’unité de l’Eglise, signe de l’unité de l’Oikoumene / De l’« espace » à la « maison » / Vers l'avenir / Notes

1. La Huitième Assemblée a donné mandat au Conseil œcuménique des Eglises de placer au cœur de ses réflexions le problème de la mondialisation. Dans l’examen qu’il a entrepris de ce problème, le Conseil s’est concentré essentiellement sur la mondialisation économique, mais c’est là un cadre trop étroit. Chaque jour grandit l’influence de la mondialisation sur la vie et le témoignage des Eglises. Il faut que le Conseil entreprenne sans tarder d’élaborer un cadre et une perspective ecclésiologiques qui permettent au mouvement œcuménique de donner une réponse globale à ce problème de la mondialisation.

2. Deux facteurs m’ont amené à aborder cette question. En premier lieu, vous vous rappellerez peut-être que, en 1999, le Comité central a défini trois thèmes prioritaires pour les programmes et activités du COE après l’Assemblée de Harare. Il me semble que deux de ces thèmes : « Etre l’Eglise » et : « Témoignage et service dans le contexte de la mondialisation » entrent parfaitement dans le cadre de mon propos. En second lieu, demain aura lieu une séance spéciale consacrée à la présentation du document La nature et le but de l’Eglise, étude de Foi et constitution qui vise à aboutir à une déclaration commune sur l’ecclésiologie. Une réflexion cohérente sur ces deux thèmes et sur l’étude de Foi et constitution pourrait fournir les éléments d’une réponse ecclésiologique à la mondialisation. Mon rapport a précisément pour objectif de lancer cette réflexion.

Les principaux éléments de la mondialisation qui affectent l’Eglise

3. La mondialisation a des répercussions concrètes sur notre vie individuelle et collective, tant à l’intérieur des religions, des sociétés et des Etats qu’entre ces religions, ces sociétés et ces Etats. C’est une réalité complexe, dont les implications sont contradictoires. La mondialisation est cause à la fois de division et d’interaction, de fragmentation et d’unification, de tension et de cohérence, de polarisation et d’intégration. De plus en plus, elle crée des conditions instables, incontrôlables et précaires dans tous les domaines de la vie humaine. Sous quelle forme la mondialisation affecte-t-elle notre façon d’« être l’Eglise » aujourd’hui ?

3.1. La mondialisation est source d’interconnexion. La mondialisation a créé une société en réseau dans laquelle presque tous les groupes humains sont connectés les uns avec les autres et avec le monde entier. Les micropuces, les satellites, les fibres optiques et d’autres techniques de pointe dans les domaines de l’information et de la communication ne feront qu’intensifier cette interconnexion.

3.2. La mondialisation renforce l’intégration, dans la mesure où elle élimine les frontières, qu’elles soient humaines, géographiques, culturelles, économiques, religieuses ou autres. Mais cette évolution n’empêche pas la montée du nationalisme, du racisme et de la xénophobie.

3.3. La mondialisation désintègre les communautés, dans la mesure où elle provoque une aliénation entre les hommes, leur environnement et leur histoire. Ce faisant, elle détruit leurs identités, valeurs, traditions et modes de vie respectifs.

3.4. La mondialisation provoque une homogénéisation des cultures. Détruisant les cultures locales, elle mène l’humanité à une uniformité culturelle de plus en plus grande. Celle-ci est en train d’engendrer une monoculture mondiale qui dégrade les traditions, valeurs et symboles religieux et modifie la façon dont les gens se perçoivent eux-mêmes, dont ils communiquent et dont ils jugent les autres.

3.5. La mondialisation provoque un transfert du pouvoir des institutions nationales au profit des institutions multinationales et transnationales. Elle s’intéresse davantage à la productivité qu’aux responsabilités, ce qui affaiblit la voix du peuple et le rôle de la société civile.

3.6. La mondialisation accentue les inégalités en empêchant une juste distribution des ressources. Les gouvernements qui se soumettent aux exigences de l’économie de marché ne sont pas en mesure de mettre en place les structures politiques et sociales qui devraient les accompagner. De ce fait, la pauvreté et l’exclusion sociale s'aggravent, ce qui ne fait qu’intensifier les problèmes du racisme, de la discrimination et de l’intolérance.

3.7. La mondialisation pousse les gens à suivre les mouvements des capitaux d’un pays ou d’une région à l’autre. Ce mouvement s’accompagne nécessairement de confrontations culturelles, religieuses et politiques, aussi la migration est-elle devenue un problème aigu à l’échelle du monde entier.

4. La mondialisation est un processus irréversible ; nous ne pouvons y échapper et elle ne cesse d’affecter nos vies. Comment l’Eglise devrait-elle réagir ? L’Assemblée de Harare a dit : « Bien que la mondialisation soit désormais une réalité incontournable, nous ne devrions pas céder à la vision qui la sous-tend ». Nous ne devons ni la soutenir sans discernement, ni la rejeter aveuglément. Il nous faut adopter une attitude de réalisme critique et, ainsi que l’a suggéré l’Assemblée de Harare, notre réaction doit s’inspirer de notre foi. Comment l’Eglise peut-elle, en puisant dans les ressources de sa foi et de son expérience historique, donner une forme et une orientation nouvelles à la mondialisation par le moyen d’une interaction critique et, en même temps, réévaluer et redéfinir ses propres perceptions, présupposés et pratiques ? Je crois que c’est là une question cruciale à laquelle l’Eglise ne peut pas se dérober. Aussi toute position que pourra adopter le mouvement œcuménique à l’égard de la mondialisation doit-elle partir d’une réflexion sur l’ecclésiologie, c’est-à-dire sur ce que cela signifie que d’« être l’Eglise » dans le contexte du monde actuel.

Ecclésiologie et mondialisation

5. La mondialisation nous impose une autre manière d’« être l’Eglise », au point qu’elle nous amène à réviser la conception que l’Eglise a d’elle-même. Il ne s’agit pas de définir ce qui constitue l’Eglise mais, ainsi que l’a dit l’Assemblée de Harare, de se demander : « Comment vivre notre foi face à la mondialisation ? ». Qu’est-ce que cela signifie que d’« être l’Eglise » dans une société sans barrières ? Si elles veulent définir leur attitude propre face à la mondialisation, c’est là la question la plus aiguë et la plus critique à laquelle doivent répondre les Eglises. En fait, la mondialisation remet en question nos conceptions ecclésiologiques étroites et nos perceptions sclérosées et elle nous appelle à effectuer une évaluation globale et critique de notre ecclésiologie. A mon sens, pour essayer de relever ce défi, voici comment l’on devrait procéder.

5.1. Il nous faut passer d’une conception statique à une conception dynamique de l’Eglise. Jusqu’à présent, nos ecclésiologies ont été en général affirmatives, descriptives et réactives. La plupart du temps, nos ecclésiologies respectives se sont définies en opposition les unes avec les autres, et nos Eglises ont employé leurs différences pour se protéger les unes contre les autres. Ces approches, qui ont rendu nos Eglises quasiment indépendantes les unes des autres, les ont en fait amenées à se replier sur elles-mêmes. Pour l’essentiel, les ecclésiologies que nous enseignons relèvent de certaines époques particulières de l’histoire et ne sont plus en rapport avec le monde actuel. On ne peut réduire l’Eglise à une institution dont le seul objectif serait de se perpétuer. Nous portons tous avec nous une histoire et une tradition pleines d’ambiguïtés et d’expériences amères. Nous ne pouvons certes pas oublier le passé. Mais nous ne pouvons pas non plus ignorer la situation dramatique dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Les ecclésiologies refermées sur elles-mêmes, autosuffisantes, sont sérieusement remises en cause. En outre, l’Eglise ne peut plus se servir de sa théologie, de sa doctrine et de sa liturgie actuelles pour se défendre contre la progression des nouvelles réalités et valeurs produites par les forces de mondialisation. Il nous faut élaborer une ecclésiologie dynamique qui fasse s’ouvrir l’Eglise à son environnement et au monde dans son ensemble ; il nous faut élaborer une ecclésiologie holistique qui replace dans une perspective plus large la définition d’elle-même que se donne l’Eglise et qui la mette en relation et non en opposition avec l’autre ; enfin, il nous faut élaborer une ecclésiologie réactive qui soit en rapport avec les conditions concrètes de la vie et avec les espoirs et les problèmes des gens.

5.2. Il nous faut à la fois protéger et transcender l’Eglise locale. L’Eglise est essentiellement une réalité locale. Dans le Nouveau Testament, l’Eglise nous est présentée comme le rassemblement eucharistique de chrétiens en un lieu particulier. La mondialisation a radicalement modifié la notion du « local » : celui-ci n’est plus une réalité isolée. Des relations étroites, nouées par-delà les frontières géographiques, culturelles et confessionnelles, ont fait naître de nouveaux sentiments d’allégeance et d’appartenance et ont créé des identités nouvelles ; aussi l’Eglise locale a-t-elle perdu une bonne part de sa signification traditionnelle. Il est cependant nécessaire qu’elle préserve son intégrité et sa spécificité, éléments fondamentaux de notre héritage ecclésiologique, tout en restant ouverte sur le monde. Elle ne doit pas être « l’Eglise d’Ephèse » mais « l’Eglise qui est à Ephèse » (1 Co 1, 2 ; 2 Co 1, 1 ; Eph 1, 1). Du fait qu’elle a une structure universelle et, dans un sens, une identité transnationale, il se peut que l’Eglise catholique romaine soit en mesure de résoudre cette tension entre le local et le global. Par contre, les Eglises orthodoxes et bien des Eglises protestantes historiques vont se trouver dans une situation difficile si elles n’arrivent pas à redéfinir ce en quoi elles sont Eglises, et cela d’une manière telle que cette conception, d’une part, renforce la dimension locale de l’Eglise considérée comme une réalité géographique et humaine et, d’autre part, qu’elle en assure la dimension globale au travers de sa diaspora. La mondialisation va toujours plus remettre en cause et menacer ce qui, dans nos ecclésiologies, tend à enfermer l’Eglise locale dans sa dimension paroissiale, provinciale ou nationale. En réaction, il faut que l’Eglise locale s’efforce d’entrer en interaction créatrice avec le global ; elle doit réorganiser sa vie et sa mission de manière à faire partie intégrante du peuple universel de Dieu ; enfin, elle devra redéfinir son concept du « local » en termes multi-ethniques, multiculturels et multiconfessionnels.

5.3. Il nous faut assurer l’intégrité et la viabilité de la communauté ecclésiale. En provoquant la désagrégation des communautés locales et en favorisant la monosociété, la mondialisation connecte les gens entre eux au niveau planétaire, mais les isole au niveau local. La cyber-communauté menace l’identité, l’intégrité et la viabilité de la communauté ecclésiale. Etre-chrétien n’est pas une « affaire privée » mais s’exprime au travers d’une communauté de foi. Un récent colloque du COE consacré au thème : « Croire sans appartenir », notait : « L’expérience occidentale de l’Eglise permet à des gens de croire sans appartenir et d’appartenir sans croire ». L’Assemblée de Harare nous a rappelé que, « à la logique de la mondialisation, il faut opposer une nouvelle manière de vivre la communauté dans la diversité ». Pour bâtir une communauté, il ne suffit pas de créer des liens entre les gens. Il s’agit de créer une communauté dont la viabilité et l’intégrité seront garanties par des valeurs morales et spirituelles. Notre ecclésiologie devrait alimenter un sens plus profond d’appartenance à la communauté de foi. L’Eglise est l’événement-Christ, lequel se manifeste au travers de la koinonia de foi. Comment l’Eglise peut-elle offrir aux sociétés modernes un sens, une identité et une orientation ? Comment l’Eglise, don de Dieu, peut-elle devenir une communauté inclusive qui préservera les diversités, qui assurera l’égalité et qui favorisera la participation et la responsabilité mutuelle ? Comment l’Eglise peut-elle, en tant que koinonia, contribuer à édifier des communautés plus larges dont la cohésion sera assurée par des valeurs éthiques communes ?

5.4. Il faut que l’Eglise sorte d’elle-même pour aller à la rencontre du monde. La mondialisation est en train d’ébranler les expressions et fondements institutionnels de la foi chrétienne. Elle remet en cause l’identité ethnocentrique, les structures hiérarchiques et les modes de gouvernement des Eglises. Un peu partout dans le monde, on voit de nouvelles communautés chrétiennes se créer, de nouveaux visages du christianisme se dessiner et de nouvelles formes de l’« être-chrétien » apparaître. L’Eglise institutionnelle, en particulier en Occident, est sur le déclin alors que, parallèlement, de plus en plus de gens s’intéressent à la spiritualité et veulent vivre leur foi chrétienne à leur façon. Il faut que l’Eglise entreprenne sérieusement de se définir elle-même et de s’exprimer en tant que telle. L’Eglise n’est pas une institution figée : c’est l’« être-chrétien » qui détermine ce que signifie « être l’Eglise ». Et de nos jours, pour beaucoup de chrétiens, être chrétien, ce n’est pas nécessairement être membre d’une Eglise ou exprimer sa foi dans le cadre de l’Eglise institutionnelle. Il y a quelques années, un pasteur de mon Eglise aux Etats-Unis se plaignait à moi de ce que ses paroissiens allaient à l’« assemblée chrétienne » d’à côté parce que, disait-il, « c’est plus attrayant ». Je lui ai demandé pourquoi il ne rendait pas son Eglise plus attrayante et pourquoi son Eglise n’allait pas à la rencontre des gens de son quartier. N’est-ce pas là une réalité que nous retrouvons dans la plupart de nos Eglises ? Le fossé ne cesse de s’élargir entre l’Eglise et les gens. L’Eglise ne peut ignorer l’expérience de la foi que peuvent avoir les gens à l’extérieur de ses portes. La plénitude catholique et l’action charismatique de l’Eglise ne s’arrêtent pas à ses frontières canoniques et structurelles. L’Eglise institutionnelle ne perd pas seulement des fidèles mais aussi son influence sur la société. Il ne suffit donc pas que l’Eglise ait une ecclésiologie holistique et réactive ; il lui faut en outre dépasser son institutionnalisme rigide et son esprit de clocher aveugle pour chercher de nouvelles manières et de nouveaux modèles d’« être l’Eglise » afin d’être une Eglise attentive, une Eglise des gens et pour les gens.

Renouveler et raviver la catholicité de l’Eglise

6. La mondialisation appelle impérativement l’Eglise à réaffirmer et à exprimer la catholicité qui lui est inhérente. Pour de nombreux théologiens contemporains, c’est dans la perspective de la catholicité de l’Eglise que nous devrions essayer de saisir et d’évaluer la mondialisation. La catholicité, ce n’est pas une extension géographique non plus qu’un universalisme institutionnel ; il s’agit d’un processus dynamique par lequel le Dieu trinitaire ne cesse de créer, de racheter et de parfaire sa création. La catholicité est une dimension essentielle de la nature de l’Eglise et de sa vision œcuménique. Selon l’Assemblée d’Upsal, la catholicité est « la qualité par laquelle l’Eglise exprime la plénitude, l’intégrité, la totalité de la vie en Christ », lesquelles doivent s’exprimer dans tous les aspects de la vie de l’Eglise. Si la catholicité est un don de Dieu à l’humanité et à la création, la mondialisation, par contre, est une réalité anthropocentrique. Catholicité et mondialisation ont donc une nature, une vision et un champ d’action qualitativement différents. L’Eglise est appelée à renouveler sa catholicité en procédant à une évaluation critique du processus de mondialisation. Avec sa vision de l’oikoumene, le mouvement œcuménique peut aider les Eglises à redécouvrir la catholicité de l’Eglise dans un contexte mondial nouveau. Pour ce faire, un certain nombre d’actions sont nécessaires.

6.1. Ouvrir le local au global. La catholicité s’exprime dans sa plénitude et dans son authenticité au travers de l’Eglise locale. En fait, l’Eglise locale n’est pas une partie de l’Eglise catholique, et l’Eglise catholique n’est pas la somme des Eglises locales. La célèbre affirmation de saint Ignace d’Antioche : « Là où est le Christ, là est l’Eglise catholique » est toujours valide. Il n’est pas de « catholicité locale » ni de « catholicité globale » ; il n’y a qu’une seule catholicité, qui se manifeste à la fois au niveau local et au niveau global. L’Eglise tire sa catholicité du Christ et non de ses membres ou de son extension géographique. La catholicité n’a rien à voir avec la géographie ni avec les structures ; c’est une qualité de vie dans le Christ. Il faut que l’Eglise locale cherche à réaliser sa catholicité, en chaque lieu et en tous lieux, en pleine communion avec les Eglises de tous les lieux et de tous les temps. Aucune Eglise locale ne peut être catholique isolément. A la différence de la mondialisation, la catholicité ne détruit pas le local ; par contre, elle n’admet pas que l’Eglise locale soit autosuffisante et elle l’appelle à renoncer à son caractère exclusif et fermé pour devenir ouvert et à tous. La catholicité, ce n’est pas l’universalisation de l’Eglise locale au travers de structures universelles. C’est une qualité de l’Eglise qui lui est donnée par Dieu, qui conjugue l’universel et le local et qui pousse sans cesse l’Eglise à croître et à avancer vers l’avenir que Dieu lui réserve. L’eucharistie est la source dont l’Eglise vit et le lieu où elle exprime sa catholicité, dans la mesure où l’eucharistie englobe tous les chrétiens en tous lieux et en chaque lieu. L’ecclésiologie de l’Eglise primitive accordait une attention toute particulière aux concepts de « catholicité dans l’espace » et de « catholicité dans le temps » (saint Irénée). Ces deux dimensions de la catholicité sont indissociables ; cependant, l’Eglise orthodoxe a toujours donné la priorité à la catholicité eucharistique et qualitative. En fait, de par sa nature eucharistique et sa perspective eschatologique, la catholicité, par le pouvoir du Saint-Esprit, porte l’Eglise locale au-delà des ses frontières géographiques, de son enfermement institutionnel, de son implantation ethno-culturelle et de toutes les formes de limitation humaine. Dans ce sens, la conception eucharistique de la catholicité et la conception catholique de l’eucharistie sont essentielles pour permettre à l’Eglise de se considérer comme une réalité globale et eschatologique.

6.2. Préserver la diversité et renforcer l’intégrité. Etant don de Dieu, la catholicité implique la plénitude, l’intégrité et la diversité ; elle embrasse toutes les personnes de tous les lieux et de tous les temps. La mondialisation refuse la diversité et impose l’uniformité ; la catholicité maintient la diversité et favorise la cohérence dans un tout intégré. La mondialisation encourage le centralisme ; la catholicité affirme le polycentrisme. La mondialisation détruit la communauté, la catholicité édifie et fait vivre la communauté et renforce l’intégrité. La mondialisation exclut et marginalise ; la catholicité assure la plénitude et l’universalité de la communauté de foi, appelant tout le peuple de Dieu (y compris les opprimés et les exploités, les marginalisés et les handicapés) à participer à la vie de l’Eglise. La catholicité part de la base en tant qu’elle bâtit une communauté et qu’elle ouvre à tous un espace où chacun pourra grandir spirituellement et moralement et dans la liberté, alors que la mondialisation part du haut et impose ses priorités, son système et son mode de vie. Il faut que nos Eglises s’efforcent de redécouvrir la vraie nature de la spiritualité, qui englobe tout et est fondée sur la communauté et qui, de ce fait, permet d’assurer la diversité et la cohérence, le particulier et l’intégral. La spiritualité orthodoxe, qui donne une importance toute particulière à la relation nécessaire entre le sacré et le séculier, l’immanent et le transcendant, permet d’offrir cette perspective holistique.

6.3. Susciter la réciprocité et le partage. En contestant la prétention des Eglises locales à être autosuffisantes, la catholicité les appelle à reconnaître qu’elles appartiennent les unes aux autres, qu’elles ont besoin les unes des autres et que, en dépit des divisions culturelles, ethniques et géographiques, elles sont toutes des parties intégrantes et indissociables du seul Corps du Christ. La catholicité n’appartient pas à une Eglise particulière ; c’est un don de Dieu et, de ce fait, elle acquiert son authenticité dès lors qu’elle est vécue en tout lieu et en chaque lieu et partagée avec d’autres Eglises. Dans ce sens, la catholicité renforce les relations et interactions mutuelles et établit, entre les Eglises locales, une interdépendance ecclésiale dans la mesure où elle approfondit leur sens de la koinonia et leur offre un cadre global de prière, de réflexion et d’action communes. On retrouve ces dimensions de l’interaction, de l’interconnexion et de l’interdépendance dans la mondialisation. Pourtant, à la différence de la mondialisation, la catholicité se fonde sur une qualité de vie nourrie par la solidarité et le partage mutuels, par la volonté de se rendre mutuellement des comptes et par le transfert réciproque de pouvoir. La catholicité édifie une communauté dont toute la vie et tout le témoignage s’inspirent d’une vision eschatologique. Dans la catholicité, la réciprocité et le partage ne sont pas des concepts ni des techniques, ce sont des dons de l’Esprit qui imprègnent toute la vie de l’Eglise. Il faut que ces dons s’expriment au travers d’une qualité de vie et de témoignage qui refuse toutes les formes et expressions d’exclusion, de discrimination et de marginalisation.

6.4. Croître ensemble vers la communauté conciliaire. La communauté conciliaire d’Eglises locales en chaque lieu constitue la base de la catholicité. La conciliarité s’exprime au travers de la communion eucharistique et de l’unité dans la foi. Elle refuse le repli sur soi et elle rend la catholicité visible. Selon l’Assemblée de Nairobi, « L’Eglise une doit être envisagée comme une communauté conciliaire d’Eglises locales, elles-mêmes authentiquement unies. Dans cette communauté conciliaire, chaque Eglise locale possède, en communion avec les autres, la plénitude de la catholicité ». En réaffirmant sa volonté de tendre vers la conciliarité, l’Eglise posera un cadre dynamique qui lui permettra d’exprimer sa catholicité aux niveaux tant local que global et, dès lors, cette expression de la catholicité incitera les Eglises à élaborer « des formes conciliaires de vie et d’action », lesquelles s’exprimeront par des prières et des décisions communes, par la communion dans la foi, par l’engagement et la responsabilité mutuels Foi et constitution: Louvain 1971, Genève 1971, p. 226 ; Marthe westphal (éd.) : Signes de l’Esprit, Rapport officiel de la Septième Assemblée du COE, Canberra, Australie, COE, Genève 1991, p. 173. Pour d’autres aspects de la conciliarité, voir mon livre : Conciliar Fellowshi. Au travers de ses structures et processus d’œcuménisme conciliaire, et en particulier au travers du COE, communauté fraternelle mondiale et pré-conciliaire, le mouvement œcuménique s’efforce d’aider les Eglises à bâtir des communautés conciliaires aux niveaux local, régional et mondial. S’il est vrai que Foi et constitution a déjà consacré bien du temps et des efforts aux discussions sur la communauté conciliaire, je pense qu’il faut reprendre et approfondir encore, dans un nouveau cadre, la réflexion œcuménique sur la conciliarité.

6.5. Pour une conception inclusive de la catholicité. La catholicité, ce n’est pas simplement une caractéristique de l’Eglise parmi d’autres. Dans la mesure où elle s’enracine dans le mystère divin et où elle est liée au dessein de Dieu pour le monde, la catholicité rejette tous les systèmes d’origine humaine et transcende toutes les cultures. Certes, l’Eglise ne peut faire comme si la mondialisation n’existait pas. Mais elle doit subsumer la mondialisation dans sa conception dynamique de la catholicité. Cette conception de la catholicité, par nature inclusive, offre à l’Eglise des critères clairs qui lui permettront de juger de l’orgueil et de l’arrogance de la mondialisation. Aussi l’Eglise doit-elle réajuster sa conception œcuménique de la catholicité, que des considérations ethniques, culturelles et confessionnelles ont rendue floue. R. J. Schreiter a raison de dire que « la réponse théologique à la mondialisation se trouve peut-être dans une conception renouvelée et élargie de la catholicité » Robert J. Schreiter : The New Catholicity: Theology between the Global and the Local, Orbis, New York 1997, p. 128.. Je crois que, avec leurs perspectives universelles et sans exclusive, l’ecclésiologie, l’eschatologie, la christologie et la pneumatologie orthodoxes peuvent jouer un rôle clef pour faire mieux ressortir cette conception inclusive de la catholicité.

6.6. La catholicité, c’est à la fois une réalité donnée et une dynamique : l’Eglise est catholique et pourtant, en même temps, elle ne cesse de devenir catholique. La catholicité est une réalité à la fois ontologique et fonctionnelle : comme l’a dit l’Assemblée d’Upsal, c’est un « don », un « mandat » et un « engagement » Norman Goodall : op. cit. (note 5), p. 11.. En tant que « don », la catholicité permet à l’Eglise de se percevoir comme partie d’un tout ; en tant que « mandat », elle fait de l’Eglise une réalité qui est envoyée au monde ; en tant qu’« engagement », elle appelle l’Eglise à remplir sa vocation missionnaire.

La catholicité : un appel à renouveler notre engagement missionnaire

7. En affirmant qu’il considérait la catholicité comme un « mandat », un « appel » et un « engagement », le mouvement œcuménique l’a placé dans une perspective missionnaire. Pour moi, c’est là quelque chose d’essentiel, dans la mesure où cela donne une dimension eschatologique à l’activité missionnaire de l’Eglise, qui oblige donc celle-ci à se tourner vers l’avenir. La catholicité appelle l’Eglise à renouveler sa vocation missionnaire au cœur de la mondialisation. L’Assemblée de Harare a instamment appelé les Eglises « à témoigner du dessein de Dieu pour le monde et à l’incarner dans leur vie, face à la mondialisation croissante et aux valeurs qui la sous-tendent » Nicolas Lossky : op. cit. (note 1), p. 252.. Dans ce contexte, il est important de souligner les points suivants.

7.1. L’Eglise est essentiellement une réalité missionnaire. La mission est l’essence de l’Eglise, laquelle est envoyée « aux extrémités de la terre » (Mt 28, 20 ; Ac 1, 18) pour témoigner de la réconciliation, de la guérison et de la transformation, par Dieu, de l’humanité et de la création. Dans un sens, la mission fait l’Eglise ; elle lui donne une identité et un objectif clairs. Dans la mesure où il s’agit d’un mandat que Dieu lui a confié, la mission devrait toujours être au cœur de la conception que l’Eglise a d’elle-même. « Aussi l’Eglise n’existe-t-elle [dans le dessein de Dieu] qu’en relation avec le destin commun de l’humanité et de toute la création » La nature et le but de l’Eglise, document de Foi et constitution n° 181, Genève 1998, § 111.. Il ne peut y avoir de mission sans l’Eglise et il ne peut y avoir d’Eglise sans mission. « Etre l’Eglise », ce n’est pas une abstraction ; cela implique « devenir l’Eglise ». C’est une hérésie ecclésiologique que de séparer ces deux dimensions essentielles de l’Eglise : « devenir l’Eglise », cela implique défendre la vie, avoir un ministère de réconciliation, pratiquer la diaconie, donner du pouvoir à ceux qui n’en ont pas et lutter pour la paix avec la justice. Cela signifie devenir ce que l’Eglise est appelée à être : l’anticipation du Royaume de Dieu. Une telle conception missionnaire de l’Eglise impose à celle-ci de dépasser son espace géographique, son champ clos culturel et ses frontières institutionnelles pour devenir une réalité universelle. En fait, l’activité missionnaire exprime à la fois la catholicité quantitative et la catholicité qualitative, dans la mesure où elle fait participer ensemble toutes les Eglises à la mission unique de Dieu. Dans la perspective orthodoxe, l’eucharistie est un événement missionnaire : par elle, l’eschaton devient réalité et l’Eglise est transformée en une icône du Royaume. Dès lors, l’eucharistie est le point de départ de la mission. Il est intéressant de noter que, pour l’Eglise orthodoxe, l’ecclésiologie eucharistique et l’ecclésiologie missiologique ont toujours constitué un tout. Outre cette conception héritée de l’Eglise primitive, le mouvement œcuménique nous rappelle la relation dynamique qui unit la koinonia, la diaconie et le kérygme dans une perspective missionnaire.

7.2. La mission de l’Eglise est enracinée dans la missio Dei. La mission est un événement ecclésial, pas une fonction de l’Eglise. L’Eglise n’a pas de mission qui lui soit propre : elle participe à la mission de Dieu. La mission est l’auto-kénose permanente de Dieu par laquelle, dans la force de l’Esprit Saint, il recrée, transforme et renouvelle ce qui est déchu et dénaturé. Le dessein de Dieu est d’assembler toutes les nations en une unité vivante dans le Christ par l’Esprit Saint. L’Eglise est l’instrument missionnaire que Dieu utilise pour accomplir son dessein pour le monde. Elle est envoyée dans le monde pour proclamer le Royaume de Dieu, en devenant « le sel », « la lumière » (cf. Mt, 5, 13-14) et « la vie » du monde (cf. Jn 1, 4) et en édifiant une société moralement et spirituellement viable et réconciliée avec Dieu. L’Eglise est la poursuite de la mission que le Christ a confiée à ses disciples. Aussi la mission doit-elle s’insérer dans le contexte socio-politique du monde. L’Eglise ne peut ignorer le monde, avec ses ambiguïtés et ses polarisations, ses conflits et ses mauvais penchants. La mission de l’Eglise, instrument de la mission de Dieu, consiste à libérer, humaniser et transformer le monde. Si l’on veut se faire une idée juste de la catholicité tant de la nature de l’Eglise que de sa vocation missionnaire, il est essentiel de tenir compte de la nature sacramentelle et de la dimension eschatologique de la mission. La catholicité s’enracine profondément dans la participation de l’Eglise à la missio Dei. La vocation missionnaire de l’Eglise sera définitivement remplie lorsque sera parachevé le dessein de Dieu pour le monde.

7.3. La mission : l’action locale et globale de l’Eglise. Dans la mission, l’Eglise à la fois rentre en elle-même et sort d’elle-même. Par la mission, l’Eglise se réalise dans le temps et l’espace. La mission commence avec l’eucharistie, mais il faut que la bonne nouvelle soit connue et partagée par tous ceux qui cherchent à se libérer des forces du mal et de la mort. Jésus-Christ a exhorté ses disciples : « Allez, enseignez toutes les nations » (Mt 28, 19). L’entreprise missionnaire de l’Eglise ne connaît pas de frontières établies ; elle transcende toutes les bornes et limites et s’adresse au monde entier. Dans l’action missionnaire de l’Eglise se créent des liens indissolubles entre le local et le mondial. La mission est l’action mondiale de l’Eglise locale. Action salvifique du Christ au travers de l’Eglise, l’entreprise missionnaire est la manifestation concrète et globale de la catholicité, tant qualitative que quantitative. L’Evangile souligne bien la dimension universelle du salut. Le Christ s’est identifié au Messie qui allait rassembler le peuple dispersé de Dieu. C’est avec ce mandat qu’il a envoyé ses disciples au monde. L’Eglise est le signe et l’instrument visibles du dessein de Dieu pour le monde entier.

7.4. Nos efforts œcuméniques pour arriver à une perspective ecclésiologique commune doivent s’accompagner d’un engagement missionnaire commun. Cet engagement doit avoir pour objectif de faire de l’Evangile une réalité incarnationnelle dans la vie des sociétés mondialisées. Le monde entier a terriblement besoin de la présence libératrice et humanisante de l’Evangile. Le mouvement œcuménique a encouragé les Eglises à passer des « missions dans les six continents » à la « mission dans le monde ». Il doit continuer à rappeler aux Eglises leur mandat missionnaire et les inciter à dépasser le concept d’une mission centrée sur l’Eglise pour adopter celui d’une Eglise centrée sur la mission. La mission est le pèlerinage du peuple de Dieu en marche vers sa fin eschatologique.

L’Eglise : point de convergence entre la catholicité théocentrique et la catholicité anthropocentrique

8. Sous la pression de la mondialisation, l’humanité semble converger vers un processus historique unique. Pour certains, cependant, ce processus ne peut se terminer que dans la confrontation. En tant que chrétiens, nous croyons que l’humanité et la création vivent avec la promesse du Royaume de Dieu : nous sommes donc appelés à « chercher le Royaume de Dieu » (Mt 6, 33). La catholicité donne à l’Eglise l’espace et la vision eschatologiques dans lesquels, en tant que signe, sacrement, instrument et avant-goût du Royaume, elle peut devenir le point de convergence entre la catholicité théocentrique et la catholicité anthropocentrique (celle-ci étant la mondialisation de l’humanité). L’Assemblée d’Upsal a affirmé que la catholicité « donne à l’Eglise, lorsqu’elle est unie, la puissance d’agir comme un levain dans la société, pour le renouvellement et l’unité de l’humanité ». Aussi est-il nécessaire que les Eglises apprennent à s’ouvrir aux aspirations du monde, à ses réalisations, à son inquiétude et à son désespoir. Cela est d’autant plus évident que nous vivons une époque où la technique est en train d’unir tous les hommes dans une culture unique et non religieuse » Norman Goodall : op. cit. (note 5), p. 11, p. 15.. C’est dans cette perspective que l’Eglise vit et combat.

8.1. L’histoire et l’eschaton se conjuguent dans l’Eglise. L’Eglise est une communauté à la fois historique et eschatologique. C’est une réalité concrète dans le temps et l’espace et, en même temps, une réalité eschatologique qui transcende l’histoire et qui avance vers la promesse et l’espérance messianiques. L’eschaton est entré dans l’histoire avec la résurrection et la Pentecôte. Dans ce sens, l’horizontal et le vertical convergent dans l’Eglise, et les dimensions historique et eschatologique de l’Eglise se conjuguent étroitement dans l’eucharistie. L’eucharistie transforme l’eschaton en une réalité dynamique dans le contexte historique, ainsi qu’en une vision qui nourrit la vie de l’Eglise et l’aide à se dépasser. La conception chrétienne de l’eschatologie est dialectique ; en elle confluent le passé, le présent et l’avenir : le Royaume est déjà venu, il vient et il est à venir dans sa plénitude. Le kairos de Dieu transforme le chronos humain. L’eschatologie mène l’histoire à l’eschaton. Pourtant, la tension créatrice entre l’histoire et l’eschatologie, entre le « déjà » et le « pas encore », entre l’« ici et maintenant » et l’eschaton se poursuivra jusqu’à ce que « toutes choses soient accomplies » dans le Christ.

8.2. La mondialisation divine subsume la mondialisation humaine. Dans le Christ, Dieu a été révélé à toute l’humanité, « tout est maintenu en lui » (Col 1, 17) ; en lui, l’humanité et la création sont menées à leur accomplissement ultime. Cette affirmation biblique fondamentale a été nettement soulignée par les Pères de l’Eglise pour qui l’œuvre rédemptrice de Dieu dans le Christ englobe non seulement toute l’humanité mais encore le cosmos tout entier. En fait, c’est le Christ lui-même qui a inauguré la mondialisation voulue par Dieu – le Royaume de Dieu. Dans ce contexte, on notera avec intérêt que la révélation que Dieu donne de lui-même dans la Bible passe d’Israël à l’humanité tout entière, du Royaume de Dieu établi à Sion au règne de Dieu qui englobe toute l’humanité et toute la création. Alors que la mondialisation humaine favorise l’uniformité, la catholicité divine donne naissance à une diversité intégrée et cohérente. La mondialisation engendre l’interconnexion et l’interdépendance entre « toutes choses » ; la catholicité fait entrer « toutes choses » dans une relation nouvelle avec Dieu. L’Assemblée d’Upsal nous rappelle que « c’est dans ce monde même que Dieu ouvre aux hommes l’accès à la catholicité par le ministère de Christ dans son Eglise. Le dessein de Christ est de rassembler les hommes de tous les temps, de toutes les races, de tous les lieux et de toutes les conditions en une unité organique et vivante en Christ, par le Saint-Esprit et sous la paternité divine de Dieu ». Mais, en même temps, l’Assemblée d’Upsal nous avertit que le monde tend à se rabattre sur des « catholicités séculières » de son crû et qu’il propose des moyens « qui apparaissent souvent plus efficaces que l’Eglise » Ibid. p. 10, p. 15.. De par sa nature holistique et eschatologique et sa puissance transformatrice, la catholicité de Dieu inclut la mondialisation humaine et l’intègre dans son processus et sa vision dynamiques. Il nous faut redécouvrir cette caractéristique unique de la catholicité, qui est profondément enracinée dans la théologie biblique et qui constitue une dimension importante de l’ecclésiologie de l’Eglise primitive. La catholicité de Dieu offerte dans le Christ à l’humanité et la catholicité anthropocentrique, d’origine humaine, sont qualitativement différentes. La tension entre les deux demeurera jusqu’à ce que la catholicité imparfaite et dénaturée du monde soit guérie par la catholicité de Dieu et assimilée à elle. En fait, en donnant une place nouvelle à la catholicité et à l’eschatologie, l’Eglise sera peut-être mieux à même de réaffirmer sa vision holistique de l’humanité, unie et réconciliée par Dieu, par-delà la pluralité des religions et des cultures. C’est là une tâche essentielle à laquelle le mouvement œcuménique doit s’attaquer sans tarder.

8.3. L’humanité, la création et le Royaume convergent dans l’Eglise. La Bible considère le monde comme un tout cohérent. A l’eschaton, tout ce qui est sur la terre et dans les cieux sera réuni dans le Christ (cf. Eph 1, 10). L’Eglise est l’icône de l’humanité à venir ; elle est la création recréée. Pour reprendre l’expression de saint Origène, l’Eglise est « le cosmos des cosmos ». L’eucharistie est le sacrement du Royaume ; elle révèle, manifeste et communique le Royaume de Dieu. Pour les orthodoxes, l’humanité et la création doivent être considérées dans une perspective eucharistique et eschatologique. De ce fait, les orthodoxes ne réduisent pas l’Eglise à une réalité historique et horizontale. Pour eux, l’Eglise est en devenir permanent et elle ne sera pleinement accomplie que dans la parousie. La conception eucharistique et eschatologique de l’Eglise permet à celle-ci de dépasser les ambiguïtés de l’histoire et de s’ouvrir au Royaume de Dieu. La liturgie orthodoxe est une expérience vivante et enrichissante de cette réalité dynamique. L’Eglise est l’instrument choisi par Dieu pour œuvrer à la réconciliation et à la communion de toute l’humanité et de toute la création dans le Royaume de Dieu. Vladimir Lossky dit de l’Eglise qu’elle est le point de convergence de l’humanité, de la création et du Royaume : « L’Eglise est le centre de l’univers, la sphère dans laquelle se décident ses destinées. Tous sont appelés à entrer dans l’Eglise car, si l’homme est un microscome, l’Eglise est un macro-anthropos, comme le dit Maxime. Elle croît et se compose dans l’histoire, amenant les élus dans son sein et les unissant à Dieu. Le monde vieillit et se décompose, alors que l’Eglise ne cesse d’être rajeunie et renouvelée par l’Esprit Saint, qui est la source de sa vie. A un moment donné, lorsque l’Eglise aura atteint à la plénitude de sa croissance déterminée par la volonté de Dieu, le monde extérieur, ayant épuisé ses ressources vitales, périra. Quant à l’Eglise, elle apparaîtra, dans sa gloire éternelle, comme le Royaume de Dieu » Vladimir Lossky : The Mystical Theology of the Eastern Church, New York 1976, p. 178.. L’Eglise est l’assemblée messianique, le rassemblement de toutes les nations dans le Christ (Mt 8. 11 ; Gal 3, 8). A trop insister sur la dimension institutionnelle de l’Eglise, on en est arrivé à occulter en grande partie sa nature eschatologique. Petros Vasiliadis a raison de dire que, dans l’ecclésiologie orthodoxe, « l’Eglise ne tire pas son identité de ce qu’elle est ou de ce qui lui a été donné en tant qu’institution, mais de ce qu’elle sera, c’est-à-dire de l’eschaton » Petros Vasiliadis : Eucharist and Witness – Orthodox perspectives on the Unity and Mission of the Church, COE, Genève 1998, p. 14.. L’Eglise est « dans » le monde et non « du » monde (Jn 17) ; elle fait partie du plan de Dieu pour l’avenir. Avec sa vision de la catholicité et de l’eschatologie, l’Eglise s’efforce d’accomplir ce dessein. Cette vision nourrit en permanence la vie, l’espérance et la foi de l’Eglise. La catholicité de Dieu atteindra son accomplissement eschatologique avec l’unité de l’humanité. Il nous faut donc redécouvrir la nature et la vision eschatologiques de l’Eglise. Il nous faut aussi redonner toute son importance à la dimension pneumatologique de l’ecclésiologie. C’est l’Esprit Saint qui fait franchir à la catholicité de l’Eglise les limites des Eglises institutionnelles et lui donne sa dimension cosmique. Cette façon de considérer les choses sera pour beaucoup dans la réponse que l’Eglise doit donner à la mondialisation.

L’unité de l’Eglise, signe de l’unité de l’Oikoumene

9. Avec le progrès technologique, l’intégration économique et l’homogénéisation culturelle, la mondialisation mène le monde à une unité caractérisée par l’uniformité, l’unipolarité et la culture unique. Quelle autre vision de l’unité l’Eglise peut-elle offrir à l’humanité ? L’Assemblée d’Upsal considérait l’Eglise comme le signe de l’unité à venir de l’humanité. Ainsi que le dit notre Vision œcuménique, « être l’Eglise » dans le monde signifie « faire route ensemble ». Qu’entend-on par là ?

9.1. Etre l’Eglise ensemble au travers de la koinonia de foi, de vie et de témoignage. La plupart de nos théologies, doctrines et ecclésiologies sont marquées par la logique de la division. C’est au travers de nos différences que nous avons bâti nos identités respectives et que nous nous sommes affirmés. Malgré la croissance incontestable de notre communauté œcuménique, chaque Eglise semble être convaincue qu’elle possède la plénitude ecclésiale et n’a pas besoin des autres. Fort de mon expérience œcuménique, je crois fermement que, si nous voulons progresser vers l’unité, plutôt que d’être des Eglises séparément et unilatéralement, il nous faut éprouver que nous sommes en relation d’interconnexion avec les autres Eglises, que nous devons être « Eglises ensemble », constituant une koinonia unique. Il ne s’agit pas ici d’une unité monolithique mais bien d’une unité dans laquelle les diversités seront préservées dans la koinonia de foi, de vie et de témoignage. La destinée du monde selon le dessein de Dieu (cf. Ap 7, 1-12) est dans la diversité et non dans l’homogénéisation, dans le pluralisme et non dans l’uniformité, dans l’intégrité et non dans la désagrégration, dans la cohérence et non dans la contradiction. En conséquence, être Eglises ensemble, c’est affirmer nos diversités mais, en même temps, transcender nos divergences et célébrer notre unité commune dans le Christ. Etre Eglises ensemble, c’est édifier une koinonia d’intégrité et de cohérence dans la foi, la vie et le témoignage, une koinonia d’amour, de partage, d’espérance et de pardon mutuel. Etre Eglises ensemble, c’est travailler, servir, agir et souffrir ensemble en tant que koinonia unique de foi, de vie et de témoignage. Cette koinonia est une réalité incarnationnelle, donnée par Dieu dans le Christ. Cette conception de l’unité a sa source dans l’essence même de l’Eglise.

9.2. « Etre l’Eglise » ensemble par la convergence. La conception œcuménique de l’unité de l’Eglise implique un processus de convergence. Celui-ci permet aux différences de devenir complémentaires plutôt qu’incompatibles, et aux confrontations de se transformer en tension créatrice. Ce processus appelle chaque Eglise à reconnaître l’Eglise unique du Christ dans les autres. Tel est précisément le défi que le mouvement œcuménique lance aux Eglises. L’Assemblée de Canberra nous rappelle que « le but de notre recherche d’une pleine communion sera atteint lorsque toutes les Eglises seront en mesure de reconnaître dans chacune des autres, l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique dans sa plénitude » Marthe westphal: op. cit. (note 10), p. 173.. Alors que la mondialisation est en train de créer un monde sans barrières, de nombreuses Eglises érigent des barrières confessionnelles pour mieux affirmer leur identité. Elles ont même peur de l’œcuménisme, le considérant comme l’une des expressions de la mondialisation. Bien que nos discussions sur l’unité aient considérablement avancé, nous n’avons pas été capables de prendre des mesures concrètes pour nous rapprocher de l’unité visible, à l’exception de quelques accords conclus dans le cadre de dialogues bilatéraux. Au Conseil, nous avons réalisé des études en profondeur sur le Symbole des apôtres ; pourquoi les Eglises ne sont-elles pas encore disposées à l’accepter comme le credo sur lequel repose leur unité ecclésiale ? Nous sommes presque parvenus à un accord sur le Baptême, Eucharistie et Ministère (BEM) ; pourquoi les Eglises ne se décident-elles toujours pas à passer au processus de réception ? Je sais à quel point de tels processus sont complexes. Et je comprends aussi les hésitations des Eglises. Mais il nous faut nous rappeler que, s’il est impératif d’être ensemble, il est également urgent et essentiel de faire ensemble l’unité de l’Eglise. Pendant des dizaines d’années, nous nous sommes efforcés d’atteindre à des consensus en définissant des processus de réception, mais les différences demeurent. Pouvons-nous intégrer nos différences dans un processus de convergence et œuvrer en vue d’une pluralité cohérente ? Pouvons-nous transformer nos conflits en une interaction créatrice ? Tel est le défi que l’Eglise peut lancer à la mondialisation. L’unité que la mondialisation vise à établir est une fausse unité. L’unité de l’Eglise est un don de Dieu ; c’est une koinonia christocentrique et universelle, qui débouche sur l’unité de l’oikoumene. Le COE devrait continuer à servir de cadre et d’instrument à ce processus de convergence.

De l’« espace » à la « maison »

10. Ces mots d’« espace » et de « maison » ont été introduits dans les discussions œcuméniques au cours des dix dernières années. L’« espace » est un lieu ouvert où s’opèrent librement interactions et échanges. Ce terme s’oppose au concept d’« institution ». La « maison » est une image biblique qui évoque « l’ensemble de la terre habitée » et qui s’applique aussi à la communauté de foi fondée sur Jésus-Christ (1 Cor 3, 9-11).

10.1. La mondialisation est une invitation à entrer dans l’« espace ». L’espace qu’a créé la mondialisation a son propre système, ses propres valeurs et critères. L’espace « mondial » est une réalité anthropocentrique, dominée par le sécularisme, le syncrétisme et la consommation effrénée. En dépit des énormes progrès et succès technologiques, scientifiques et économiques de la mondialisation, l’espace qu’elle ouvre deviendra, tôt ou tard, un lieu dangereux s’il ne lui est pas donné une « orientation morale » et une « nourriture spirituelle » et s’il n’est pas transformé par la vision œcuménique Konrad Raiser : Transforming Globalization and Violence – Moral and Spiritual Formation for a Culture of Life, WCC Publications (à paraître). .

10.2. Le mouvement œcuménique est une invitation à entrer dans la « maison de Dieu ». La « maison (oikos) de Dieu », c’est le monde et toute la création. La vision qu’a l’Eglise de l’oikoumene ne limite pas à l’« ici et maintenant », elle tend vers l’accomplissement de l’eschaton. Elle conteste que l’humanité puisse être autosuffisante et lui rappelle qu’elle a des comptes à rendre à Dieu et qu’elle dépend totalement de lui. La vision œcuménique aspire à l’unité de tous ceux qui sont « parents dans la foi » (cf. Gal 6, 10). « L’Eglise est appelée à être la partie du monde qui répond à l’amour de Dieu pour tous les hommes, et donc à devenir la communauté dans laquelle la relation de Dieu à l’homme est connue et réalisée. Dans un sens, l’Eglise est le centre et l’accomplissement du monde. Dans un autre sens, elle est la servante du monde et le témoin de l’espérance de son avenir. Elle est appelée à être la communauté dans laquelle le monde peut se découvrir tel qu’il pourra devenir un jour » Lewis S. Mudge : The Church as Moral Community - Ecclesiology and Ethics in Ecumenical Debate, COE, Genève 1998, p. 68.. L’Eglise est l’anticipation de la maison de Dieu où nous ne serons « plus des étrangers ni des émigrés [mais] concitoyens des saints, [...] de la famille de Dieu » (Ep 2, 19). Dans cette maison, les gens sont réconciliés, dans le Christ, avec Dieu et les uns avec les autres.

10.3. Pour les Pères de l’Eglise, l’Eglise est appelée à amener l’humanité et la création à la théosis, c’est-à-dire à la sanctification, à la transformation et à la déification. Je crois que, pour faire pièce aux effets de la mondialisation, l’Eglise doit réaffirmer et reformuler une vision catholique, eschatologique et œcuménique, qui soit centrée sur le dessein de Dieu pour l’humanité et la création et l’exprime clairement. L’Assemblée d’Upsal nous recommande de ne pas « confondre l’unité et la catholicité de l’Eglise avec d’autres solidarités et communautés ». L’Assemblée de Harare nous rappelle que « la mondialisation suscite une vision qui s’oppose à la vision religieuse de l’engagement chrétien en faveur de l’oikoumene, de toute la terre habitée et de l’unité de l’humanité » Nicolas Lossky : op. cit. (note 1), p. 206.. Avec ses Dix affirmations, le Rassemblement de Séoul sur le thème : « Justice, paix et sauvegarde de la création » a invité les Eglises à conclure une alliance afin de mener l’humanité vers la « maison de Dieu ». On voit donc qu’il ne faut pas confondre ni assimiler vision mondialisante et vision œcuménique, « espace » et « maison ». Par son ministère prophétique, l’Eglise devrait se poser comme critique de la vision mondialisante. Forte de sa vision de la catholicité, de l’œcuménicité et de l’eschatologie, l’Eglise doit entamer un dialogue sérieux et constructif avec la mondialisation. Et, avec le ministère de guérison et de réconciliation que Dieu lui a donné, l’Eglise devrait devenir le héraut de la mondialisation divine.

Vers l’avenir

11. Pour les temps à venir, la réponse œcuménique à la mondialisation doit demeurer une priorité absolue du mouvement œcuménique.

11.1. L’Assemblée de Harare a appelé les Eglises à adopter une approche œcuménique globale et cohérente à l’égard de la mondialisation, et elle a affirmé que le COE, par sa dimension mondiale et sa « perspective unique en son genre », pouvait sérieusement aider les Eglises à relever les défis de la mondialisation. Le Conseil a déjà entamé ce processus multiforme par divers moyens : conscientisation, création de réseaux et de groupes de pression sur des thèmes œcuméniques communs, soutien à la création d’alliances et de relations de partenariat avec des groupements de la société civile. Il faut relancer tous ces efforts au travers de différents programmes, initiatives et actions du Conseil.

11.2. Il faut accorder une attention toute particulière à la dimension ecclésiologique de la réponse œcuménique à la mondialisation. Dans ce contexte, il faudrait que Foi et constitution fasse la synthèse des principales études œcuméniques déjà réalisées, telles que Pour une société juste, viable et fondée sur la participation ; Justice, paix et sauvegarde de la création ; Unité de l’Eglise – Unité de l’humanité ; Unité de l’Eglise et renouveau de la communauté humaine ; La foi chrétienne et l’économie mondiale aujourd’hui ; Ecclésiologie et éthique ; La nature et le but de l’Eglise – sans oublier les rapports des assemblées. Dans ce travail de synthèse, Foi et constitution devrait faire ressortir les perspectives et analyses qui pourront renforcer notre réponse œcuménique.

11.3. A mon sens, l’ecclésiologie restera un thème essentiel de l’œcuménisme pendant bien des années encore. Je me félicite de ce que la Commission spéciale ait, dans son rapport, bien souligné l’importance de l’ecclésiologie. Il nous faut continuer à donner une place centrale aux problèmes et thèmes qui relèvent de l’ecclésiologie. Il faut aborder sérieusement les questions posées par l’éthique et l’ecclésiologie, la mission et le dialogue, en particulier dans le cadre de la réponse œcuménique à la mondialisation. Les réalités œcuméniques qu’on voit se dessiner appellent Foi et constitution, qui a célébré hier le 75ème anniversaire de sa création, à réviser son ordre du jour, son style et ses méthodes de travail.

11.4. « Etre l’Eglise », ce n’est pas seulement une question d’ecclésiologie : il s’agit de l’essence même de la foi chrétienne, on atteint là au cœur de l’œcuménisme. Il faut continuer à discuter, à tous les niveaux, de ce que cela signifie que d’« être l’Eglise », et cette discussion devrait imprégner toute la vie et tout le travail du Conseil, dans la ligne des trois orientations majeures définies pour les années 2003-2005 : 1) rester ensemble – approfondir la communauté ; 2) agir ensemble – répondre aux besoins du monde ; 3) apprendre ensemble – pour mieux nous comprendre.

Aram Ier
Catholicos de Cilicie

Août 2002
Antelias, Liban

NOTES
Nicolas Lossky (éd.) : Faisons route ensemble – Rapport officiel de la Huitième Assemblée du Conseil œcuménique des Eglises, COE, Genève 1999, p. 207.
2 Ibid., p. 206.
3 http://www.wcc-coe.org/wcc/news/press/02/08feat-e.html.
4 Nicolas Lossky : op. cit. (note 1), p. 207.
5 Norman Goodall (éd.) : Rapport d’Upsal, 1968, Rapport officiel de la Quatrième Assemblée du COE, COE, Genève 1968, p. 10.
6 Cf. John Meyendorff : Catholicity and the Church, New York 1983, p. 91.
7 Meyendorff : op. cit. (note 6), pp. 91-92.
8 Sur ce point, voir en particulier Nikos A. Nissiotis : « The Church as a Sacramental Vision and the Challenge of Christian witness », in : Church, Kingdom World, publié sous la direction de G. Limouris, Document de Foi et constitution n° 130, Genève 1986, pp. 99-126.
9 Marcel Henriet, (éd.) : Briser les barrières, Rapport officiel de la Cinquième Assemblée du COE, COE, Genève 1975, p. 168.
10 Foi et constitution: Louvain 1971, Genève 1971, p. 226 ; Marthe westphal (éd.) : Signes de l’Esprit, Rapport officiel de la Septième Assemblée du COE, Canberra, Australie, COE, Genève 1991, p. 173. Pour d’autres aspects de la conciliarité, voir mon livre : Conciliar Fellowship. A Common Goal, COE, Genève 1991.
11 Robert J. Schreiter : The New Catholicity: Theology between the Global and the Local, Orbis, New York 1997, p. 128.
12 Norman Goodall : op. cit. (note 5), p. 11.
13 Nicolas Lossky : op. cit. (note 1), p. 252.
14 La nature et le but de l’Eglise, document de Foi et constitution n° 181, Genève 1998, § 111.
15 Norman Goodall : op. cit. (note 5), p. 11, p. 15.
16 Ibid. p. 10, p. 15.
17 Vladimir Lossky : The Mystical Theology of the Eastern Church, New York 1976, p. 178.
18 Petros Vasiliadis : Eucharist and Witness – Orthodox perspectives on the Unity and Mission of the Church, COE, Genève 1998, p. 14.
19 Marthe westphal: op. cit. (note 10), p. 173.
20 Konrad Raiser : Transforming Globalization and Violence – Moral and Spiritual Formation for a Culture of Life, WCC Publications (à paraître).
21 Lewis S. Mudge : The Church as Moral Community - Ecclesiology and Ethics in Ecumenical Debate, COE, Genève 1998, p. 68.
22 Nicolas Lossky : op. cit. (note 1), p. 206.