Document n° PLEN 01.3Pour information

Plénière sur la justice économique


LE PROJET « ÉCONOMIE DE COMMUNION »

Vera Araújo

Monsieur le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général,

Mesdames et Messieurs les délégués du monde entier,

Permettez-moi tout d’abord de vous transmettre les salutations de Chiara Lubich, fondatrice du Mouvement des Focolari que je représente ici.

Comme elle ne peut pas être avec nous, ce qu’elle aurait tant souhaité, elle vous assure de ses prières et de ses vœux les plus chaleureux pour le succès de cette Assemblée.

J’ai pour tâche d’esquisser brièvement le projet appelé Economie de communion, qui a vu le jour au sein du Mouvement des Focolari à la suite d’une inspiration qu’a eue Chiara Lubich au cours d’un voyage dans ce pays, le Brésil, en 1991.

Alors qu’elle séjournait dans la petite cité pilote de témoignage des Focolari aux environs de São Paulo, Chiara a vu de près les inégalités socio-économiques de cet immense pays. Elle a appris que de nombreux membres du Mouvement vivaient dans les favelas d’un grand nombre de villes du Brésil, plongés dans la pauvreté et le dénuement. La communauté de biens, une pratique existant parmi les membres du Mouvement depuis sa fondation, ne suffisait plus à répondre aux besoins élémentaires d’un grand nombre d’entre eux. 

Après plusieurs jours marqués par un climat spirituel d’une grande élévation et par la fraternité intense entre personnes issues de divers contextes sociaux, elle eut une inspiration : créer des entreprises, en confier la gestion à des personnes compétentes qui les géreraient de manière efficace et rentable. Puis – et c’est là que réside la nouveauté – les profits seraient divisés en trois parts : la première serait destinée aux plus pauvres, la deuxième à la formation d’hommes nouveaux, c’est à dire de personnes orientées vers une culture du don qui inspirerait leurs activités économiques ; sans de telles personnes, il est en effet impossible d’édifier une société nouvelle. Enfin, la troisième part serait investie dans l’entreprise, afin de la renforcer et de la développer.

C’était une idée simple et très novatrice, car elle introduit dans le domaine économique le principe du don, de la gratuité. 

Aujourd’hui, il existe dans le monde environ 750 entreprises travaillant selon les principes de l’Economie de communion. Fidèles à leur mandat qui est de venir en aide aux pauvres, elles partagent chaque année leurs profits, et soulagent les besoins de nombreuses personnes, leur fournissant des emplois, les aidant à redécouvrir leur dignité perdue ou celle qu’ils n’ont jamais connue.

Cette initiative est coordonnée par une commission centrale qui réunit les demandes d’aide et distribue les gains à ceux qui en ont besoin, par le canal des directeurs du Mouvement des Focolari, dans le monde entier. Les personnes qui bénéficient de cette aide s’engagent aussi à vivre cette culture du don et de l’amour mutuel.

C’est une nouvelle façon de donner : il ne s’agit pas de philanthropie ou d’aide sociale, mais d’une vie en communion avec les pauvres grâce au partage fraternel vécu par les membres de l’entreprise et les défavorisés. 

En effet, au cours de ces 15 ans, nous avons compris, grâce à l’expérience concrète, que le projet Economie de communion, en adoptant les principes de la spiritualité de l’unité des Focolari comme des valeurs à vivre concrètement dans l’activité économique, est en train de créer ses propres méthodes de gestion. Cette expérience pratique a donné naissance à des lignes directrices de nature technique et éthique permettant d’orienter la pratique d’entreprise vers la co-responsabilité sociale, la mentalité du don.

Ces entreprises, tout en opérant dans le cadre actuel d’un marché axé sur le profit, fonctionnent dans une logique différente de celle du marché traditionnel, dans la mesure où elles se conforment à celle du partage et de la communion.

Ces dernières années, des parcs industriels se sont créés autour des petites cités pilotes de témoignage du Mouvement, autres ramifications de l’Economie de communion. Ces parcs confèrent au projet une certaine visibilité, en réunissant plusieurs entreprises qui placent l’amour mutuel au centre de leurs opérations commerciales, se conseillent et se soutiennent réciproquement. … Sept de ces parcs industriels existent déjà dans divers pays : trois au Brésil, et un dans chacun des pays suivants : l’Argentine, la Belgique, le Portugal et l’Italie. 

Chiara Lubich a reçu trois doctorats honoris causa en économie pour avoir lancé ce projet. De nombreux chercheurs commencent à approfondir de nouvelles idées nées de ces entreprises, comme les notions de biens relationnels, de confiance, de communion etc.

De nombreuses personnes demandent comment des entreprises si attentives aux questions anthropologiques et éthiques sont capables de survivre dans le climat actuel du marché. Je laisse Chiara répondre à cette question : « Dans ce type d’entreprise, on fai t place à l’intervention de Dieu, même dans la gestion concrète de l’économie. On fait alors l’expérience que, lors de chaque décision prise à contre-courant de la culture des pratiques d’entreprise normales, il ne manque jamais d’envoyer ce centuple que le Christ a promis. Cela peut être sous la forme d’un revenu inattendu, de l’ouverture sur de nouvelles possibilités, du soutien né de nouvelles collaborations, d’une idée pour un nouveau produit etc. » 1

Tel est, brièvement résumé, le projet ‘Economie de communion’ qui suscite un intérêt considérable dans les milieux de l’entreprise et de la recherche universitaire.

Je vous remercie de votre aimable attention. 

 


»1 C. LUBICH, The Experience of the Economy of Communion: from spirituality a new proposal for business practice. Rapport présenté à la Conférence organisée par le Conseil de l’Europe à Strasbourg, intitulé “Market economy, democracy and solidarity: a space for comparison?”