Document n° PIC 03Adopté

Rapport du Comité des questions d'actualité : Introduction


Le rapport ci-après a été présenté à l’Assemblée qui en a pris acte. Les résolutions qu’il contient ont été proposées par le Comité des questions d’actualité et approuvées par l’Assemblée par consensus. Les opinions divergentes exprimées par des délégué(e)s à l’Assemblée sont consignées sous forme de notes à la fin du document.

On a demandé au Comité des questions d’actualité (CQA) de travailler sur des projets de propositions concernant cinq déclarations et une note préparés à l’avance à partir d’une série de consultations et de réflexions et adoptés par le Comité exécutif du Conseil œcuménique des Eglises lors de sa réunion du 13 février 2006. Il s’agit des textes suivants : 

  1. Déclaration sur l’Amérique latine

  2. Déclaration sur la responsabilité de protéger

  3. Déclaration sur le terrorisme, les droits de la personne et le contre-terrorisme

  4. Déclaration sur la réforme des Nations Unies

  5. Déclaration sur l’eau pour la vie

  6. Note sur l’élimination des armes nucléaires

En outre, le Comité des questions d’actualité a reçu de participants de l’Assemblée, dans le délai réglementaires de 24 heures suivant l’annonce de la proposition au Comité exécutif, sept propositions soutenues par au moins dix Eglises membres. Après examen minutieux de ces propositions, dans le cadre des orientations et conformément aux critères en vigueur pour les décisions que doit prendre l’Assemblée sur les questions d’actualité, le Comité propose : 

  • une note sur le respect mutuel, la responsabilité et le dialogue avec les croyants d’autres religions. 

En ce qui concerne les six autres propositions et les questions soulevées, le Comité a estimé que les démarches suivantes sont plus appropriées : 

Trafic des femmes

Le CQA a reçu une proposition au sujet de la question du trafic des femmes et une demande de vouer une attention particulière à la prochaine Coupe du monde de football qui aura lieu en juin 2006 en Allemagne et attirera probablement dans ce pays des dizaines de milliers de prostituées venues principalement de pays d’Europe centrale et orientale. 

Le CQA fait observer que le Comité central du COE, lors de sa réunion du 15 au 22 février 2005, a publié une déclaration sur les personnes déracinées, intitulée «La pratique de l’hospitalité face à de nouvelles formes de migration». Cette déclaration souligne que le trafic des êtres humains est l’une des nouvelles tendances de la migration qui «consiste à recruter et/ou à transporter des personnes en faisant usage de violence ou d’autres formes de contrainte, ou encore en leur fournissant des informations fausses pour les exploiter économiquement ou sexuellement (par le biais, par exemple, de la prostitution forcée ou du travail sous contrainte). Les victimes de ces trafics se trouvent souvent pratiquement réduites à l’esclavage, privées de leur liberté de mouvement et de la possibilité de prendre leur sort en mains. Les femmes et les enfants sont particulièrement touchés par ces pratiques». La déclaration recommande aux Eglises de «lutter contre le trafic d’êtres humains, en particulier de femmes et d’enfants destinés à l’exploitation sexuelle ; collaborer avec les gouvernements, les Eglises et les organisations non gouvernementales intéressées, afin de faire en sorte que les victimes des trafiquants reçoivent le traitement et le respect qui leur sont dus ; s’opposer aux efforts des gouvernements qui tentent de faire de ce trafic une excuse pour restreindre l’immigration». 

Des initiatives visant à suivre la question du trafic d’êtres humains ont été lancées dans les régions et reprises par quelques Eglises membres. Le CQA recommande au secrétaire général et aux membres du personnel du COE de collaborer avec leurs partenaires de contact régionaux et internationaux pour continuer à soutenir les Eglises membres et à prendre les mesures nécessaires à cet égard.

Pauvreté

Le CQA a reçu une proposition de déclaration sur la pauvreté. C’est là, assurément, une des grandes questions de notre monde et la lutte contre la pauvreté est une priorité du Conseil œcuménique des Eglises. Réuni pour sa Huitième Assemblée à Harare, le Conseil avait fermement déclaré que «dans les faits, la répartition inégale du pouvoir et de la richesse, de la pauvreté et de l'exclusion contredit le discours trop facile sur une communauté de partage universelle.» L’absence d’une perspective éthique et morale bien définie pour réagir à la pauvreté est un péché aux yeux de Dieu. Le CQA est d’accord sur le fait que cette question de la pauvreté dans le monde est un défi que les Eglises et l’ensemble de la famille œcuménique sont appelés à relever au 21e siècle. Cela doit faire l’objet d’un processus délibéré et permanent.  

Prenant sérieusement en considération les conséquences de la pauvreté pour la vie du peuple de Dieu, le CQA présente à l’Assemblée trois déclarations dans lesquelles apparaît la question de la pauvreté. Ces déclarations, rédigées avec soin après des consultations étendues et une réflexion intense, appellent les Eglises et les gouvernements à s’attaquer aux diverses causes de la pauvreté dans le monde. Les déclarations sur l’eau pour la vie, sur l’Amérique latine et sur la réforme des Nations Unies s’expriment avec fermeté et de manière spécifique sur les questions de la pauvreté et des moyens de la combattre dans divers contextes. 

Incarcération de l’archevêque orthodoxe de Skopje, FYROM

Le CQA a reçu une proposition visant à condamner l’incarcération de l’archevêque Jovan d’Ochrid et métropolite de Skopje (FYROM). Le Conseil œcuménique des Eglises s’est préoccupé de la situation de l’archevêque Jovan; dans une lettre du 31 août 2005 adressée à S.E. Branko Crvenkovski, président de l’ex-République yougoslave de Macédoine, il a exprimé sa profonde préoccupation face à cette incarcération et répété qu’à ses yeux, les différends et disputes entre Eglises devraient être résolus par la discussion et le dialogue et que la solution judiciaire ne devrait être envisagée qu’en dernier ressort. 

Le CQA recommande que le secrétaire général et les membres du personnel continuent à suivre attentivement la situation et prennent les mesures appropriées selon les nécessités. 

Protection d’Eglises membres du COE faisant l’objet de discriminationi

Le CQA a reçu une proposition concernant la protection d’Eglises membres du COE faisant l’objet de discrimination, notamment les Eglises minoritaires de langue hongroise en Europe orientale et centrale.

En ce qui concerne la situation particulière de ces minorités, le CQA a pris note du rapport du Comité central de février 2005 où la situation de la Voïvodine, en Serbie et Monténégro, est considérée comme un grand sujet de préoccupation. Plusieurs délégations ecclésiastiques ou gouvernementales ont visité la région ces temps derniers. Le responsable du programme pour l’Europe au COE s’est rendu en Serbie et Monténégro en avril 2005 et a rencontré les autorités des Eglises minoritaires. En outre, le secrétaire régional et la Commission des Eglises pour les affaires internationales (CEAI) suivent de près la situation générale dans cette région, en restant particulièrement attentifs à la condition des minorités à la lumière de la politique du COE consistant à accorder la priorité au respect des droits de la personne pour tous et à l’unité entre les différentes Eglises membres. Lorsqu’il y a lieu, des mesures sont prises avec les institutions gouvernementales, dans un souci d’écoute et de respect des diverses perspectives des Eglises majoritaires et minoritaires. Le CQA recommande à la CEAI et au secrétaire chargé de l’Europe de suivre, en consultation avec la Conférence des Eglises européennes, l’évolution de la situation dans la région, en demeurant à l’écoute de toutes les Eglises membres et en veillant à ce que les différentes perspectives soient prises en compte, et d’envisager s’il y a lieu d’autres mesures.

La proposition souligne, également en termes généraux, les questions relatives aux persécutions, à la discrimination et à l’oppression d’Eglises membres du COE. Le CQA déclare que le soutien apporté à des Eglises membres se trouvant dans des situations de ce genre et l’action entreprise au nom de toute la communauté fraternelle du COE sont au cœur du mandat de la CEAI et que, chaque fois qu’une telle situation se produit, le COE interviendra pour protéger ses membres, en abordant la question dans ses relations avec les gouvernements et dans les réunions intergouvernementales.  

Populations autochtones et disparition des langues

Le CQA a reçu une proposition concernant la préparation d’une note sur les populations autochtones et la disparition des langues. Lors de sa réunion à Genève en février 2005, le Comité central du COE avait publié une déclaration sur les droits de la personne et les langues des populations autochtones. Dans ce document, le Comité central appelle les Eglises membres à demander avec insistance la création d’une année internationale de l’ONU pour les langues autochtones, en 2006 ou une année suivante, et à prier les gouvernements de leurs pays d’abroger les lois discriminatoires sur les langues autochtones, d’agir pour éliminer les pressions exercées contre ces langues dans le domaine de l’éducation et dans le domaine social, et de chercher sérieusement à se conformer aux conventions et aux traités internationaux sur l’usage des langues traditionnelles considéré comme un doit humain fondamental. Le CQA estime que la déclaration du Comité central de février 2005, mentionnée ci-dessus, est importante et pertinente et demande aux Eglises d’envisager la façon dont elles pourraient, sur le plan pratique, réagir à cette crise générale, en attirant l’attention sur cette importante question de la disparition des langues et en cherchant à y remédier, dans leur cadre local ainsi qu’au niveau international. Le Comité central rappelle aux Eglises et à la communauté chrétienne que la diversité des langues parlées est le signe de la présence de la plénitude de l’Esprit de Dieu, dans Actes 2, et que la diversité complète des langues fait intégralement partie de la grande célébration de Dieu, dans Apocalypse 7,9. Ces préoccupations ont également été communiquées au Comité d’orientation du programme de l’Assemblée. 

Réunification pacifique de la péninsule coréenne

Le CQA a reçu une proposition de déclaration sur la réunification de la péninsule coréenne. Lors de la guerre de Corée, alors que la péninsule était divisée, le COE avait adopté la position qui était celle de l’ONU, attribuant à la République populaire démocratique de Corée l’entière responsabilité de cette situation qui est à l’origine d’énormes souffrances pour le peuple coréen. 

Le Conseil œcuménique des Eglises a continué à suivre de près l’évolution de la situation dans la péninsule coréenne. En octobre 1984, à la requête des Eglises coréennes, le COE a organisé un colloque sur la paix en Asie du Nord-Est. Entre autres sujets, ce colloque a abordé la question de la paix et de la réunification de la péninsule coréenne et de ses habitants. Cette réunion a eu lieu à Tozanso (Japon). 

Suite à la rencontre de Tozanso, une série de visites ont été organisées par la Fédération chrétienne coréenne (KCF) et le Conseil national des Eglises – Corée (NCC-K) à Glion (Suisse). Ces rencontres se sont poursuivies à Kyoto et à Macao. En collaboration avec les Eglises de Corée, le COE a préparé un cadre pour l’unification. Au cours des années 1980 et 1990, il y a eu des visites et des échanges entre Eglises membres au Canada, aux Etats-Unis et en République populaire démocratique de Corée, ainsi que des rencontres avec des familles séparées. 

Le COE continue à observer l’évolution de la situation dans la péninsule coréenne, notamment les entretiens à six. L’an dernier, le groupe de travail sur la Corée, composé de représentants du NCC-K, du KCF, du Conseil national des Eglises du Japon, de la Conférence chrétienne d’Asie et du COE, a réaffirmé son soutien aux entretiens à six et s’est déclaré prêt à continuer à suivre de près les relations bilatérales entre le Nord et le Sud. Le COE continuera à soutenir les efforts des populations coréennes en vue de la réunification pacifique, conformément à la déclaration commune du 15 juin 2000. 

En septembre 2004, le Comité exécutif du COE, réuni à Séoul, a publié une déclaration sur la question de la réunification, ainsi que sur les droits de la personne et sur le nucléaire. Le COE continuera de suivre l’évolution de la situation et de prendre les mesures nécessaires en collaboration avec les Eglises membres en Corée. 

Résolution : 

La Neuvième Assemblée accepte les réponses données par le Comité des questions d’actualité aux demandes de déclarations supplémentaires. 

Autres propositions – présentées hors délai

En outre, on a souhaité que le CQA demande au COE d’exprimer sa préoccupation à l’égard des graves violations des droits de la personne en Ouganda septentrional et de la destruction des monuments chrétiens arméniens en Azerbaïdjan. Le CQA renvoie ces deux questions au secrétaire général et au personnel du COE pour décision appropriée.

i Une opinion divergente a été formulée par la délégation de l’Eglise orthodoxe serbe, opposée à la formulation du paragraphe.