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26.01.06 16:47

La transformation exige la metanoia

 

Par Samuel Kobia (*)

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La première Assemblée du Conseil œcuménique des Eglises (COE) au 21e siècle "marquera le début d'une nouvelle étape dans la recherche de l'unité des chrétiens," a déclaré le secrétaire général du COE, le pasteur Samuel Kobia, dans l'article ci-dessous, dans lequel il présente ses réflexions sur ce qu'il attend de la 9e Assemblée du COE, qui aura lieu à Porto Alegre du 14 au 23 février.

Depuis presque 60 ans, les Assemblées du COE ont constitué des événements-clé dans la vie du mouvement œcuménique, rassemblant un éventail tout à la fois unique et complet de chrétiens et d'Eglises. J'espère que cette Assemblée, la première du 21e siècle, marquera le début d'une nouvelle étape dans la recherche de l'unité des chrétiens, et qu'elle apportera au mouvement œcuménique moderne la vision d'une nouvelle culture et de nouvelles conceptions.

Un contexte mondial en évolution

La 9e Assemblée se tiendra dans un contexte de profonds changements de la société et des Eglises, alors que règnent l'injustice, la pauvreté et le désespoir. Notre monde a besoin d'une profonde transformation. Les immenses défis auxquels est confrontée l'humanité aujourd'hui exigent que le mouvement œcuménique soit prêt à exercer un discernement critique des "signes des temps" et à être porteur d'une courageuse vision d'espoir.

Nous vivons dans une ère dominée par des puissances destructrices et où la dignité humaine est bafouée. La mondialisation économique et culturelle, les nouvelles formes de militarisme et de domination, ainsi que la destruction de l'environnement n'ont jamais été aussi manifestes. Les modèles économiques et politiques internationaux prévalant n'ont pas réussi à faire cesser la montée de l'injustice et de l'inégalité.

Le contexte religieux évolue aussi, et la question de l'identité religieuse est revenue dans la sphère publique. Alors que le 20e siècle était dominé par les "politiques de l'idéologie", les "politiques de l'identité" constituent l'un des traits caractéristiques du 21e siècle. Par conséquent, les chrétiens du monde entier doivent repenser leur identité dans le contexte d'une nouvelle pluralité religieuse.

Un programme œcuménique renouvelé

Le thème de l'Assemblée, "Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce", exprime à la fois la prière et l'espérance. Il nous rappelle que Dieu, en Christ, a offert réconciliation et vie nouvelle à l'humanité ainsi qu'à toute la création. Mue par notre foi commune, l'Assemblée peut apporter une impulsion qui conduira à renouveler le programme œcuménique du 21e siècle.

Nous sortons d'un siècle qui a connu une violence sans précédent dans l'histoire, et qui a altéré la dimension humaine des agresseurs tout autant que des victimes. Pendant la tenue de l'Assemblée, le conflit continuera en Irak et la guerre contre la terreur, menée par les USA et d'autres pays, se poursuivra. L'Assemblée marquera l'achèvement des cinq premières années de la Décennie "vaincre la violence", lancée par le COE en 2001, afin de mobiliser les Eglises à travailler ensemble en faveur de la paix. Le défi auquel sont confrontées les Eglises est le suivant: "Comment pouvons-nous, ensemble, développer une culture de la paix et chercher à restaurer la nature authentique de notre humanité, dans un environnement dominé par la violence ?"

Depuis la 8e Assemblée à Harare, au Zimbabwe, en 1998, le COE et le mouvement œcuménique ont manifesté leur solidarité envers l'Afrique en s'engageant à ses côtés. Et pourtant, alors que nous nous réunirons, des régions entières de ce continent seront une fois encore menacées par la famine. La situation de l'Afrique nous oblige à repenser à ce qui serait nécessaire pour sortir ce continent de la pauvreté. Il est évident que se contenter d'apporter de l'aide, même massivement, n'est pas la réponse, et que la force morale des Africains doit être au centre de toute solution durable.

Il y a, bien sûr, d'autres questions difficiles que les Eglises ne pourront éviter, lors de l'Assemblée, comme les questions sociales et éthiques. Depuis l'Assemblée d'Harare, le COE a mis en place un forum afin que les Eglises puissent discuter de leurs différences essentielles d'une façon responsable. Il doit continuer à permettre aux Eglises de confronter leurs différences dans un esprit de dialogue, et de redécouvrir une voix commune lorsque cela est possible.

Il y a deux domaines auxquels j'aimerais accorder une plus grande attention dans l'avenir. Pendant l'Assemblée, j'espère que la présence et la participation des jeunes sera à la fois visible et substantielle, et que leurs aspirations et leurs intérêts seront entendus bien au-delà de la rencontre. D'autre part, je suis convaincu que le mouvement œcuménique devra prendre beaucoup plus au sérieux la spiritualité afin de nourrir et d'enrichir notre expérience œcuménique commune.

Une nouvelle culture et de nouvelles formes

Le COE est d'abord et avant tout une communauté fraternelle d'Eglises. Ces dernières années, nous avons réaffirmé notre désir d'approfondir tout autant que d'élargir cette communauté. J'espère que l'Assemblée permettra d'écouter les Eglises, et que celles-ci chercheront comment travailler ensemble pour renforcer leur sentiment d'appartenance et leur participation dans leur propre communauté.

La Commission spéciale sur la participation des Orthodoxes dans le COE, qui a été mandatée par la dernière Assemblée, a ouvert la voie à des changements importants dans l'éthique et la culture notre institution, ils auront une incidence sur notre travail et notre vie commune. Je suis convaincu que l'adoption d'un modèle de prise de décision par consensus nous aidera fortement à approfondir le sentiment de communauté et d'aborder les questions difficiles avec discernement.

Depuis quelques temps, le COE s'est intéressé à la prolifération des structures œcuméniques à tout les niveaux, et il est devenu clair qu'une telle multiplication d'organismes n'est pas viable financièrement ni en ce qui concerne la disponibilité des responsables d'Eglises. Je souhaite que nous développions une nouvelle approche de l'œcuménisme au 21e siècle, et que nous commencions à considérer de nouvelles formes et de nouvelles configurations possibles.

Redéfinir les priorités au sein du COE

La mission essentielle du Conseil reste de travailler de l'unité visible des chrétiens, mais de nouvelles façons d'y travailler émergeront peut-être dans la période qui suivra l'Assemblée. Lorsque nous avons évalué notre programme de travail pendant la dernière période, il est devenu évident que le COE devrait faire moins mais le faire mieux.

Le mouvement œcuménique moderne est né de différents de courants historiques - foi et constitution, vie et travail, le mouvement missionnaire - tout autant que des efforts dynamiques de mouvements de jeunes. En ce début du 21e siècle, il est tout à fait clair que le mouvement a traverse une période de transition importante et que de nouvelles catégories d'activités peuvent être nécessaires.

Par conséquent, je pense que le Conseil s'engagera moins dans des activités liées à des programmes, mais approfondira son engagement dans des domaines stratégiques. Nous devrions aussi trouver de nouveaux modes de relation et de communication avec nos Eglises membres et avec nos partenaires œcuméniques, et nous diriger vers un mode de fonctionnement plus intégré, interactif et dynamique avec nos membres.

Dans des domaines tels que la défense des causes et la diaconie, qui sont au centre de la mission des Eglises, il nous faut réorganiser notre travail afin de nous adapter aux nouvelles opportunités et lier plus étroitement notre réflexion et notre action sur des questions comme celles d'une économie équitable, du développement durable et de l'écologie.

Les efforts accomplis par les Eglises afin de développer une culture de la paix, pour se former à devenir des communautés morales et pour refuser l'intolérable, resteront une caractéristique essentielle du travail du COE. La tension persistante entre différentes traditions religieuses nécessite l'approfondissement de nos relations avec ceux qui pratiquent une autre foi, en passant du dialogue à une collaboration active dans des domaines d'intérêt commun.

Quels que soient les domaines d'engagement, il nous faut trouver les moyens de permettre aux jeunes de participer davantage, ainsi que des approches créatives dans la formation œcuménique et dans la formation des responsables, il faut que nous puissions voir les jeunes devenir des acteurs essentiels dans le COE, dès maintenant et dans l'avenir.

Signes d'espoir

Notre Assemblée a lieu en Amérique latine, ce qui signifie qu'elle se trouve dans un contexte où les nombreux problèmes que j'ai mentionnés sont des questions de vie quotidienne et même de survie. Le témoignage des Eglises d'Amérique latine, qui vivent dans un contexte d'injustice extrême et subissent de plein fouet l'impact de la mondialisation, nous offre un modèle prophétique de résistance et d'espoir qui peut être pour chacun d'entre nous une grande source d'encouragement.

Il ne faudrait pas sous-estimer les défis auxquels nous sommes confrontés, ni le potentiel réel de l'ensemble des Eglises pour contribuer à la transformation du monde. Une foi commune et un espoir renouvelé rendent beaucoup de choses possibles. Que cette Assemblée nous permette une fois de plus de poser des signes, qui témoigneront de façon visible de notre foi commune pour transformer le monde.

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(*) Le pasteur Samuel Kobia est un ministre consacré de l'Eglise méthodiste du Kenya. Il est devenu secrétaire général du COE en janvier 2004 et avait précédemment travaillé dans le Conseil à différents postes depuis 1978. Récemment il était le représentant spécial de l'Afrique et directeur du groupe "questions et thèmes". En 1984, il est revenu au Kenya pour travailler dans le Conseil national des églises (NCCK) dont il a été le secrétaire général de 1987 à 1993.

[Texte de l’encadré]

9ème Assemblée du COE : Prier pour un monde transformé

La 9ème Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises (COE) se tiendra à Porto Alegre, Brésil, du 14 au 23 février 2006. Elle a pour thème une prière : "Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce".

La première du 21e siècle, cette Assemblée réunira près de 3000 responsables d’Eglises et représentants œcuméniques de la plupart des traditions chrétiennes du monde et constituera l’un des plus grands rassemblements mondiaux de ce genre.

Les Assemblées du COE constituent souvent un tournant dans la vie du Conseil et la prochaine devrait laisser son empreinte sur l’histoire du mouvement œcuménique. Les délibérations porteront sur des questions d’actualité telles que l’avenir du mouvement œcuménique, l'engagement des églises en faveur de la justice économique, leur témoignage pour surmonter la violence, et les défis à relever face à la pluralité religieuse.

A Porto Alegre, les membres de la famille œcuménique pourront participer à un immense forum, le Mutirão, un mot brésilien signifiant se rassembler en vue d’un objectif commun. Avec ses ateliers, ses expositions et ses manifestations culturelles, cet espace de rencontre et de travail commun donnera aux membres du mouvement œcuménique élargi l’occasion de réfléchir et de célébrer ensemble.

Cette Assemblée du COE, la première à se tenir en Amérique latine, sera accueillie par le Conseil national des Eglises chrétiennes du Brésil (CONIC), au nom de toutes les Eglises de la région. Les rassemblements ‘pré-assemblée’ destinés aux femmes et aux jeunes se tiendront du 11 au 13 février.

Site de l’Assemblée du COE : www.wcc-assembly.info

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